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Un smartphone devant les logos des GAFA (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon)

Algorithmes : comment sortir de sa "bulle culturelle"?

6 min
À retrouver dans l'émission

Illusion de libre arbitre et de hasard, les GAFA influencent nos choix culturels et nous enferment dans une "bulle de filtres", comment repartir à la découverte?

Un smartphone devant les logos des GAFA (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon)
Un smartphone devant les logos des GAFA (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon) Crédits : Damien MEYER - AFP

La journée commence, et que ce soit sur votre ordinateur, votre tablette, ou votre smartphone, c’est désormais acquis les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) mais aussi les ASNS (Amazon, Spotify, Netflix, et Steam) vont jouer un rôle déterminant dans votre circulation et votre consommation au sein de l’offre culturelle.

Pardon pour le postulat acronymique de départ, qui j’en conviens donne mal à la tête, mais de fait ce sont les nouveaux acteurs de nos choix culturels individuels, voire collectifs. 

Passons rapidement par la case exemple : vous recherchez le nouveau livre d’Elena Ferrante à paraître en janvier « L’enfant perdue », Amazon vous proposera aussi « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano et vous ne risquez pas de sortir de votre zone de confiance littéraire, avec la suggestion d’un ouvrage de Virginia Woolf par exemple. Procédé affinitaire qui s’applique à la musique, aux films, aux jeux et cætera. Ce qui a tendance à vous enfermez dans ce qu’on appelle « une bulle de filtres ».

Car les fameux algorithmes, ces programmes associant formules mathématiques et code informatique, se perfectionnent et maîtrisent de mieux en mieux « la donnée personnelle culturelle ». Issue de la récolte d’un volume astronomique de données en ligne, reflet de vos goûts, vos préoccupations, vos envies. En plus ces systèmes combinés aux fonctions de « learning » apprennent de vos choix, et vous suivent dans vos évolutions.

Récemment des ingénieurs de la plateforme vidéo Netflix, expliquaient comment ils s’y prenaient pour adapter les petites vignettes d’illustration des séries, documentaires et films qu’ils proposent, en fonction de l’utilisateur. Ainsi comme le montrait en exemple, le site de la revue Usbek et Rica, à un amateur de comédie on proposera une vignette amusante du film « Good Will Hunting », à un amateur de romance, une vignette qui met l’accent sur l’histoire d’amour. Et pour être bien sûr que vous alliez jusqu’au bout du clic, l’équipe technique a développé ce qu’ils appellent des « contextual bandits » capables d’apprendre en temps réel et en ligne au fil de la navigation de l’abonné, et d’ajuster les illustrations proposées. En plus de la page d'accueil, qui personnalise l’ordre et la dénomination des types de contenus. Bref quand vous croyez faire votre propre sélection sur Netflix, vous êtes dans une forme d’illusion du choix et du hasard. Vous êtes en train de vous faire embarquer par votre double numérique. 

Et comme l’a montré le philosophe Bernard Stiegler « la représentation que se fait un individu de lui-même est construite sur une somme de contradictions et d'idéaux. Nous avons la possibilité de changer en permanence. Or ces algorithmes détruisent notre singularité en créant un double de nous-même qui n'est qu'une image statistique."  

Alors, question inspirée de Dostoïevski, comment se débarrasser de l’influence de ce double ?

Il y a plusieurs pistes, et je ne pourrais pas les citer toutes. Par exemple introduire de l’humain dans les propositions éditoriales de ces plateformes. Mais aussi traverser le miroir de ces suggestions. Comme le suggère Dominique Cardon, auteur du livre “À quoi rêvent les algorithmes”, il s’agirait d’améliorer la compréhension par tous des mécanismes informatiques, et la capacité à repasser en manuel. En somme apprendre à "soulever le capot". Ou encore, recréer de l’aléatoire, comme l’a fait un certain Darius Kazemi qui a conçu un robot, un bot, le « Random Shopper » qui fait une sélection au hasard pour un budget donné sur Amazon. Objectif : déformater ses attentes, surprendre son cerveau.

Nombreux sont les experts qui interrogent ces dérives du choix. Pour Olivier Schrameck actuel patron du CSA en plus de l’enfermement dans nos propres goûts au détriment de la découverte, il y a aussi avec les algorithmes :

"une tentation de manipulations destinées à favoriser les oeuvres produites par l'éditeur, voire la menace d'une standardisation de la création"

Et le politique dans tout ça ? Quels leviers d’action ? Pour palier la fermeture de nos opinions et de nos goûts à notre insu, des idées émergent. Obliger la « loyauté » des GAFA à travers un système de notes sur la diversité de l’offre. Mais aussi permettre aux sites de prescription culturelle qui ne fonctionnent pas sur les algorithmes de se maintenir. Et pour cela la neutralité du net à un rôle à jouer ! Cela ne peut pas me coûter plus cher d’avoir accès à l’intégralité des contenus numériques.

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