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Pris dans le système du buzz Omar Sy annule sa promotion pour le film "Knock" (ci-dessus)

La mort du buzz ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Quand on regarde les récents « buzz » qui ont agité le paysage médiatique français on y voit l’essoufflement des dispositifs conçus pour faire de la reprise.

Pris dans le système du buzz Omar Sy annule sa promotion pour le film "Knock" (ci-dessus)
Pris dans le système du buzz Omar Sy annule sa promotion pour le film "Knock" (ci-dessus) Crédits : Allo Ciné

En raison d'un mouvement de grève ce 19 octobre, cette émission n'est pas disponible à la réécoute.

Ca fait maintenant sept ans que le mot anglais « buzz » a fait son entrée dans le dictionnaire Larousse, on le traduit par « bourdonnement » ou « brouhaha ». Et au-delà de son sens premier « forme de publicité dans laquelle le consommateur contribue à lancer un produit ou un service via des courriels, des blogs, des forums ou d’autres médias en ligne », c’est le sens par extension qui semble avoir pris le dessus le « retentissement médiatique ».

Le buzz s’est donc imposé comme un synonyme de brouhaha ou de bourdonnement médiatique, ce qui en soit nous renseigne aussi sur sa signification, un vacarme où l’on ne s’entend plus très bien. Un bruit parasite. Mais il ne faudrait pas le déconnecter de son sens premier, son ancrage consumériste. Car c’est bien de cette logique dont il s’agit.

Une logique où c'est le media qui fait sa promotion

Quand on regarde les récents « buzz » qui ont agité le paysage médiatique français on y voit à mon sens l’essoufflement du principe de la reprise. Ou plus précisément l’essoufflement des dispositifs conçus pour faire de la reprise. C’est à dire cet instant médiatique, à la télé, à la radio, dans la presse ou ailleurs sur le net, où il va se dire ou se passer quelque chose dont le reste de la médiasphère va ensuite parler. Le système de la reprise est bien un système de promotion où le média fait parler de lui. Et à ce jeu-là non seulement les ficelles se voient de plus en plus mais elles commencent à craquer.

Dernier exemple en date, les échanges par médias interposés entre le polémiste Eric Zemmour et l’acteur Omar Sy. Mardi 10 Octobre sur le plateau de « C’est à vous » sur France 5, les équipes de production ou la présentatrice (on ne sait pas qui a eu l’idée) ont voulu faire réagir Eric Zemmour à une archive vidéo d’Omar Sy dénonçant sur le même plateau un an auparavant. Il y dénonçait la parole donnée dans les médias à ces "guignols" qu'on invite pour "aller dans la provocation et la caricature", ceux qui vendent du "vomi par milliers". Là on a affaire à un dispositif de reprise au carré, le média utilise une de ses propres archives pour provoquer une réaction. Avec l’intention d’informer certainement, mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, la volonté d’engendrer une séquence. Et tant pis si Omar Sy ne cite pas explicitement Eric Zemmour, et si le propos est sorti de son contexte. Ça ne manque pas : "c'est toujours flatteur d'être traité de guignol par un guignol" réagit Eric Zemmour.

La reprise de la reprise de la reprise

On passe alors à un dispositif de reprise au cube. Deux jours plus tard sur Europe 1 cette fois est diffusée à Omar Sy la séquence de « C’est à vous » où Eric Zemmour le traite de guignol. Vous me suivez toujours ? Il est précisé avant l’extrait qu’il n’est pas obligé de réagir mais on lui demande quand même…

"Là, on participe à ce système et vous m'obligez à lui répondre. Et du coup, on va passer mon extrait et lui va répondre et ce n'est jamais terminé" répond Omar Sy. "Posez-vous la question la prochaine fois que vous faites un truc comme ça, vous lui faites un joli cadeau".

Et Omar Sy de conclure « Je n'ai aucune envie de me rouler dans la boue avec les cochons ». Il aura entre temps rappelé qu’Eric Zemmour qu’il juge criminel car condamné pour provocation à la haine, ne devrait plus être invité sur les plateaux. Je vous dispense d’écouter la réaction d’Eric Zemmour qui dans l’enchaînement sera sollicité toujours par média interposé. Peut-être suis-je entrain d’ajouter un étage de puissance à ce système en ayant justement repris la réaction d’Omar Sy, mais cet extrait a valeur d’archive médiatique en soi. C’est une révolte de l’invité dans le dispositif qui a d’ailleurs conduit Omar Sy à finir par annuler les suites de sa promotion pour le film « Knock » adaptée de la pièce de Jules Romain.

La mèche allumée par la première séquence dans « C’est à vous » a fini en explosion. Et au-delà de la place ou non d’un personnage comme Eric Zemmour sur les plateaux, question évidemment légitime, c’est tout un dispositif plus vaste qui explose.

Culture clash

J’y vois comme signe avant-coureur, la séquence ayant conduit l’écrivain Christine Angot à quitter un temps, qui sera coupé au montage, le plateau d’une autre émission à laquelle elle participait en tant que chroniqueuse cette fois « On est pas couché » sur France 2. Une révolte par rapport à ce qui était dit à ce moment-là, sur laquelle chacun a pu disserter, mais aussi une révolte contre ce système dans lequel elle s’était piégée. Un système où l’on organise les dissensions.

Ainsi du « buzz par clash » allons-y sur les anglicismes puisque nous y sommes, on pourrait dire qu’il s’est peut-être tué lui même. Nous laissant avec cette envie : comprendre plutôt que « faire réagir».

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