LE DIRECT
Pochette de l'album "La fête est finie"

Orelsan, le post-rap et la fiction

6 min
À retrouver dans l'émission

Son nouvel album "La fête est finie" marque une rupture mais peut-on parler de "post-rap"? Quitte à abuser du préfixe de secours quand apparaît quelque chose de nouveau qu’on peine encore à décrire.

Pochette de l'album "La fête est finie"
Pochette de l'album "La fête est finie"

Le succès est là, c’est simple, basique. Le 3ème album solo du rappeur Orlesan « La fête est finie » est numéro 1 des ventes d’album en France depuis sa sortie le 20 octobre. Les chiffres viennent de tomber : avec près de 100 000 exemplaires vendus en une semaine il réalise le meilleur démarrage de l’année, et son clip « basique » a été vu plus de 25 millions de fois.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Dans le contexte actuel il avait pourtant mis sa promotion en sourdine, conscient qu’on lui reparlerait de ces sales mots écrits dans sa chambre il y a 10 ans /simple. « Tu vas t’faire Marie-Trintignier » c’est plus que de mauvais goût / basique.

Maintenant qu’est-ce qui fait le succès d’Orelsan ? Je pourrais convoquer le préfixe de secours quand apparaît quelque chose de nouveau qu’on peine encore à décrire : le fameux « post ». En musique cela a pu servir à décrire des mouvements qui « viennent de » mais qui inventent autre chose, ce qui marchait plus ou moins avec le « post punk », et qui devient complètement ridicule avec le « post dubstep ».

En règle générale "post" est devenu le couteau suisse du langage pour décrire une rupture non seulement chronologique mais idéologique. Aujourd’hui ça ne signifie plus « l’après » comme dans l’usage latin post-scriptum ou post-mortem, mais « l’après l’idée ». Confère post-genre, post-colonialisme et bien sûr, le mot de l’année 2016, « post-vérité ». Le post c’est « l’après l’idée » contre l’idée, la référence, la doxa précédente.

Rupture chronologique et idéologique avec le rap

Pour revenir à l’album d’Orelsan « La fête est finie », comme son nom l’indique, il marque bien une rupture. Il entérine l’espace-temps où nous sommes : juste après que le rap français, ancienne sous culture, est devenue majoritaire. Le rap, c’est la nouvelle chanson, voire la nouvelle variété française. Rupture chronologique et idéologique. Simple/ Basique.

Bien sûr, le rap avait déjà muté avant Orelsan. Exit les simples « instrus » ou les « samples », ce système d’échantillonnage de titres, on rappe désormais sur des nappes électroniques à la PNL, sur de la trap musique ou du reggaeton comme Stromae, sur des secousses africaines électrifiées comme chez Maître Gims, pour ne citer que quelques exemples.

Dans son nouvel album Orelsan en prend acte, joue de ces nouveaux ressorts, convoque Gims, Stromae, Nekfeu mais comme pour tout avaler, et cracher de nouvelles bases. C’est la piste du titre inaugural « San » et ses mots quelques notes de piano.

"J'suis dans l'premier Mario / À chaque fois, j'crois qu'j'ai fini l'jeu, ça repart à zéro / En plus rapide, en plus dur / J'devais être plus mûr, j'ai dû m'tromper d'futur /J'aimerais retrouver la magie du début /Rien n'fonctionne quand l'cœur n'y est plus /Ça fait mal à la fierté, j'ai du mal à l'admettre / Mais j'ai jamais été aussi perdu /Le monde est un PMU / Où n'importe qui donne son mauvais point d'vue / Où la télé passe des infos déjà vues / Pendant qu'la radio joue des sons qu'on n'écoute même plus"

Alors, en réalisant cette synthèse cannibale, en soldant les comptes de son ancien moi, en marquant cette rupture chronologique et idéologique, Orelsan nous aurait-il emmené dans son « post rap » ?

L'âge de fiction

Après tout, pourquoi pas ? Mais on s’en voudrait de tout ramasser dans une case conceptuelle express. Ce qui fait le succès de cet album c’est peut-être tout simplement qu’Orelsan s’affirme comme un narrateur. Dans sa musique, son film « Comment c’est loin », sa série « Bloqués », il fabrique des fictions qui y ont intégré les nouveaux imaginaires. Et si c’était ça Orelsan : un présent que nous ne savions pas encore nommer mais pour lequel il trouve les mots.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......