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Construction de la Pyramide du Louvre 1987

Que peut la Culture ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La culture n’est pas un rempart qu’on dresse soudainement "contre la barbarie" mais un terreau qu’on cultive, c'est le sens d'un essai pour changer de politique culturelle qui vient de paraître.

Construction de la Pyramide du Louvre 1987
Construction de la Pyramide du Louvre 1987 Crédits : PATRICK KOVARIK - AFP

« Que peut la Culture ? » la question, c’est Laurence Engel, présidente de la Bibliothèque nationale de France, qui se la pose dans un essai aux éditions Bartillat. 

Et la dite question fait écho au « Que peut l’histoire ? » prononcé par l’historien Patrick Boucheron lors de sa leçon inaugurale au Collège de France en janvier 2016, quelques mois après les attentats du 13 novembre… Il évoquait l’Histoire comme le siège d’une pensée pour agir au présent, et inventer de nouveaux horizons.

Mais la culture alors, que peut-elle ? Elle est tout simplement source de liberté et d’émancipation, au cœur même de la démocratie. Mais on l’appelle en général à la rescousse dans une incantation symbolique le fameux « rempart contre la barbarie ». Or la culture n’est pas un rempart qu’on dresse soudainement mais un terreau qu’on cultive. Le monde politique se drape de cette grande mission qui subit pourtant un dénigrement historique. C’est ce que note Laurence Engel dans son essai qui interroge les fondements d’une nouvelle politique culturelle, autant qu’elle questionne, au fond, ce qui a cloché pour qu’on en arrive là.

« Que peut la culture ? » c’est littéralement ce qu’on demande à un secteur inlassablement sommé de défendre son utilité. Il est préjugé non-productif depuis le divorce consommé il y une dizaine d’années, entre les élites gouvernantes et la culture. Et ce, en dépit du rayonnement symbolique, touristique et économique de la culture française. C’est le constat et le paradoxe posés dans ce livre par Laurence Engel, ancienne directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti au ministère de la Culture et de la Communication de 2012 à 2014. Pour rappel, en 2011 les industries créatives et culturelles représentaient 75 milliards d’euros en valeur économique, près de 1,2 millions d’emplois en valeur sociale. Ça n’aura pas empêché sous le quinquennat Hollande que soit voté en 2013 un budget de la culture historiquement en baisse. Une preuve de désamour qui a laissé des traces.

Maintenant qu’on a dit ça, cet essai pourrait rejoindre la liste des ouvrages sur la politique culturelle qui appartiennent à une véritable littérature de la désolation. Mais la dynamique du questionnement est bien plus féconde. Et sur quoi faut-il s’interroger ?

Les années Lang par exemple, le ministre de la Culture le plus long de la Vème République. Le droit d’inventaire révèle ses succès, ses législations pérennes, mais aussi une dérive de « l’entre-soi » selon Laurence Engel. Ce moment où, pour reprendre une boutade de Jean Vilar créateur du Théâtre National Populaire, « les spectateurs en sont arrivés à s’applaudir eux-mêmes ». Ce dont on a parfois le sentiment.

Et que fait-on du modèle binaire de la politique culturelle, d’un côté la « fête » – la Nuit des musées, les Journées du patrimoine etc. -, de l’autre, les grands projets grandiloquents ? 

L’essai de Laurence Engel esquisse des réponses : on garde la fête que le public a fait sienne, on arrête avec les grands projets. On travaille le réseau pré-existant plutôt que de créer toujours de nouvelles institutions. « Il faut passer de la verticalité du monument à l’horizontalité du réseau » écrit-elle.

Bien sûr les réponses dépendent des questions que l’on se pose. Dans le cas de la révolution numérique à laquelle doivent s’adapter tous les domaines de la culture, il s’agirait de ne pas se demander quelle politique numérique mener, mais comment numériser la politique publique. Numérisation du financement, développement de l’offre légale et protection du droit d’auteur font partie des piliers dressés dans cet essai. Mais aussi la valorisation du rôle d’éditeur au sens large, qui englobe tous les métiers de la culture. Editer ce serait revenir aux enjeux de la sélection éclairée à l’heure des algorithmes. Mais aussi défendre « le métier de choisir », du libraire ou du programmateur de salles, contre l’instrumentalisation de la culture, la loi du chiffre, l’entre-soi, ou encore la grande horizontalité du « tout culturel ». Reste là encore à reconnaître que bien choisir a un coût… 

Bibliographie

Que peut la culture?

Que peut la culture ?Laurence EngelEditions Bartillat, 2017

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