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: La Une du numéro sorti mercredi 22 novembre. Capture d'écran

Johnny plus "Charlie" que ses fans ?

5 min
À retrouver dans l'émission

La polémique sur la une de Charlie Hebdo fait du dieu Johnny la nouvelle limite du blasphème, et verse une goûte abrasive sur un terrain inflammable.

: La Une du numéro sorti mercredi 22 novembre. Capture d'écran
: La Une du numéro sorti mercredi 22 novembre. Capture d'écran

Johnny Hallyday sur fond bleu dans un lit d’hôpital entouré de machines qui bipent avec ce titre « Johnny laisse tomber le rock et passe à l’électro », tel était le dessin de Riss à la une de Charlie Hebdo la semaine dernière. Allusion aux inquiétudes concernant l’état de santé de l’idole après son hospitalisation pour détresse respiratoire. Mais on ne plaisante pas avec la santé de Johnny. Ni avec les malades du cancer. Telle était cette fois la ligne de tweets indignés qui se levait. Et qui plutôt que de trouver la plaisanterie mauvaise, s’engouffrait dans le fameux débat « Etre ou ne pas être pas Charlie ». 

C’est un tweet repris près de 2000 fois qui résume assez bien la situation je cite : « J’étais Charlie je vous soutenais mais là vous avez commis l’irréparable, comment pouvez-vous faire la Une en vous moquant du cancer de Johnny » ! « L’irréparable » : soudain la défense de la liberté d’expression, qu’on soit en accord ou en désaccord avec le journal satirique, mais qu’on estime qu’on ne décime pas une rédaction à la Kalachnikov pour des dessins, s’arrêtait là. Le Dieu Johnny et sa maladie c’était la limite du blasphème. Alors « on est plus Charlie ». Si tant est que tout monde soit d’accord avec le sens de cette expression. Ce qui semble évidemment ne pas être le cas.

Lundi soir sur le plateau de l’émission Touche pas à mon poste, qui l’on s’en souvient en 2015 avait refait son logo aux couleurs de « Touche pas à mon Charlie », posait la question dans sa séquence sans filtre « Charlie va-t-il trop loin ?». Et pas « faut-il encore être Charlie ? » certes. Mais dans la période actuelle, la radicalisation des propos qui entoure l’affaire Mediapart/Charlie Hebdo, poser la question « Charlie va-t-il trop loin ? » c’est remettre une petite goutte abrasive sur un terrain inflammable. 

Parce qu’au fond on ne découvre rien. C’est une tradition chez Charlie Hebdo que de taper sur Johnny. Pour mémoire ces deux unes signées feu Charb. L’une montrant Johnny sur ses béquilles avec ce titre « Johnny revient en France vider les caisses de la sécu », et l’autre qui le représentait accompagné des mentions « voleur comme un français », « con comme un belge », « chiant comme un suisse » à l’époque où il était soupçonné d’évasion fiscale. Toujours bête et méchante les unes de Charlie sur Johnny c’est le principe. 

Mais chacun y va de sa petite limite : la frontière morale « on ne moque pas de son cancer », la hiérarchisation du malheur « ça vous choque mais Charlie a fait sa une sur le petit Eylan échoué au bord de la plage » ou encore la conciliation absurde « d’accord pour mettre le dessin à l’intérieur mais pas en une ! ». 

On en viendrait presque à oublier que le principal intéressé, n’en a peut-être rien à faire ! D’ailleurs souvenez-vous, Johnny est Charlie :

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Et Johnny avait la paix avec ses détracteurs, sa chanson écrite par Jeanne Cherhal « un dimanche de janvier » sur la marche qui avait suivi les attentats de Charlie de l’hebdo et de l’hyper casher en 2015 en témoigne. Il l’avait reprise en 2016 lors d’une cérémonie commémorative pour les attentats de janvier, et de novembre.

« Pour garder en mémoire nos héros d’encre et de papiers » chantait-il… Ça avait pu irriter certains de la galaxie Charlie Hebdo justement parce qu’ils s’étaient «payé » Johnny régulièrement, et qu’il y avait là « un contresens mémoriel ». Restons à hauteur voltairienne « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », c’est de cette base qu’il faut repartir. Et dans tous les cas, ne soyons pas plus fanatiques que les fanatiques.

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