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Photo du tournage de "Le Grand jeu" avec l'actrice Jessica Chastain

Les super héroïnes font-elles de super films?

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Savez-vous ce qu’est le test de Bechdel ? C’est une grille de lecture imaginée par la reine de la BD féministe, Alisson Bechdel, pour démontrer par l’absurde le sexisme des films hollywoodiens.

Photo du tournage de "Le Grand jeu" avec l'actrice Jessica Chastain
Photo du tournage de "Le Grand jeu" avec l'actrice Jessica Chastain Crédits : Copyright SND / Allocine

Savez-vous ce qu’est le test de Bechdel ? C’est une grille de lecture imaginée par la reine de la BD féministe, Alisson Bechdel, pour démontrer par l’absurde le sexisme des films hollywoodiens. Pour  réussir le test : il faut que dans un film il y ait au moins deux femmes identifiables, qu’elles portent un nom, qu’elles se parlent ensemble et qu’elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin. 

Depuis 2013, certaines salles de cinéma en Suède utilisent même le Bechdel test pour coter les films qu’elles diffusent. Evidemment cela ne garantit pas que le film ne soit pas sexiste, et encore moins qu’il soit bon. Du reste, c’est un indicateur, si l’on songe qu’en 2016 un tiers des 50 premiers films du box office n’obtenaient pas leurs trois points…

Avec « Le grand jeu » ou « Molly’s game » en anglais, premier passage à la réalisation du scénariste et showrunner Aron Sorkin nous sommes a priori en présence d’un bon candidat. Le film est qualifié de « Loup de Wall Street » au féminin, Jessica Chastain y incarne Molly Bloom, pas celle de l’Ulysse de James Joyce, mais celle, bien réelle, dont le scénario adapte les mémoires sorties en 2013. Cette Molly Bloom qu’on appelait la « princesse du poker » réunissait à sa table clandestine un concentré de pouvoirs masculins : stars du cinéma et de la bourse, marchands d’art, grands sportifs et mafieux. Extrait !

Vous sentant trépigner, je vais maintenant examiner le film à travers la grille de Brechdel. Dans « Le grand jeu » avons-nous au moins deux personnages féminins identifiés qui portent un nom, se parlent entre elles et parlent d’autre chose que d’un homme ? Oui. Enfin surtout une héroïne et ses interactions avec la gente féminine se limitent au personnel qu’elle embauche. Rabatteuse, Barmaid, croupière dont on connaît certes les noms, mais avec qui les échanges se limitent peut-être à 2 minutes de dialogue sur 2 heures 20 de film. Il y a bien une mère, mais elles ne se disent pas un mot, l’histoire se concentre sur la relation avec le père. 

"So What ?" me direz-vous dans la langue de Shakespeare et d’Hollywood. Nous sommes au moins en présence d’un personnage féminin comme on en voit peu. Ex-championne de ski free style brisée par une chute aux J.O., future ex étudiante à Harvard qui passe brillamment son test d’entrée avant de mettre ses études de côté pour transformer un job alimentaire en empire du poker bling à force d’intelligence et de risques. Une jeune femme qui adolescente répondait ainsi à la question : quel est ton héros ? « J'ai pas de héros car si j'atteins mes objectifs je serai mon héros ».

Surtout, au-delà du modèle, cette Molly Bloom est une héroïne de cinéma en phase avec les personnages forts d’Aron Sorkin. Ces foudres de travail et de détermination, interlocuteurs toujours cinglants et cultivés. Le scénariste de The Social Network et créateur de la série À la maison blanche sait y faire... Comme il l’a montré avec le personnage féminin de « C.J » porte-parole de l’exécutif puis chef de cabinet dans les deux dernières saisons. Une figure qui inspire encore aujourd’hui des carrières.

Dans Molly Bloom, le personnage de Jessica Chastain mène seule sa barque, assume son rôle d’anti-épouse, défend un idéalisme moral (comme toujours chez Sorkin) qui lui fait refuser de vilains marchés pour s’en sortir, et exhibe un décolleté que personne n’a le droit de toucher. Elle est souvent obligée de parler aux hommes comme à des débiles pare ce qu’ils n’y comprennent pas grand-chose, et s'il lui arrive de faire oui de la tête comme une bonne fille, elle n’en pense pas moins. 

Alors si le film passe tout juste le test de Brechdel, son héroïne le surclasse. Les critères du test ne suffisent évidemment pas et n’ont été conçus que comme des révélateurs. D’ailleurs le film qui les remplit le plus, se trouve être la comédie « Bad Moms ». Des mauvaises mères en délire, on aura vu plus inspirant en termes d’égalité.

Récemment le site féministe The Verge proclamait « nous pouvons mieux que le test de Brechdel ». Proposant une multitude de nouveaux critères : comment les personnages féminins sont-ils filmés ? Est-ce que les personnages qui viennent en aide à l’héroïne sont principalement des hommes ? L’équipe de tournage est-elle mixte ? 

Au stade où nous en sommes, je dirais que le film d’Aron Sorkin pour être bénéfique à l’évolution des personnages féminins, et louable en ce sens, confirme néanmoins que ça ne peut suffire. Car au vrai, il est assez décevant sur la longueur et cousu sur des théories freudiennes éventées. Sans oublier que pour être une femme forte, la vie amoureuse et sexuelle de Molly est réduite au néant. Et sur ce point, pardon, mais ni l’art ni la cause n’y gagne.

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