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Jeu de Bingo

Le bingo du Nobel

4 min
À retrouver dans l'émission

L'exercice des pronostiques sur le Nobel de Littérature révèle un mélange de rationalisation de la littérature, de clivages forcés et marc de café.

Jeu de Bingo
Jeu de Bingo Crédits : DONAL HUSNI / NURPHOTO - AFP

À lire la presse, le climat d’avant Nobel de Littérature ressemble un peu à une grille de Bingo : on met son carton sur des cases en espérant avoir la combinaison gagnante.

"Un romancier ou un essayiste homme, originaire d'Europe, exactement le contraire de Bob Dylan"

Prenons cette année, il faudra d’avance miser sur la case « académique ou classique» paraît-il, après le choix peu orthodoxe du « song writer » Bob Dylan l’an passé. Si l’on suit les pronostiques de Björn Wiman directeur des pages culture du quotidien suédois Dagens Nyheter, basé comme l’académie Nobel à Stockholm, « nous aurons un romancier ou un essayiste homme, originaire d'Europe, exactement le contraire de Bob Dylan».

Reprenons notre grille de bingo, il vous faudra aussi positionner votre carton dans une case genrée "homme" ou "femme". Sur 109 nobélisés depuis le premier Nobel de Littérature en 1901, 14 sont des femmes. Comme récemment deux femmes ont été récompensées, la biélorusse Svetlana Alekslevitch (en 2015), et la canadienne Alice Munro (en 2013), en 2017, n’exagérons pas, ce devrait être au tour d’un homme. Ainsi, la canadienne Margaret Artwood pourtant annoncée dans les favoris, a statistiquement peu de chance.

Toujours dans cette logique de cases, notre grille bingo de prédication de Nobel présente les sections « Littérature d’Europe » et « Littérature hors Europe ». Une simplification qui traduit certes une vision trop longtemps « européanocentrée » du Nobel mais qui trahit aussi notre manière réduite d’envisager le champ littéraire mondial. De 1901 à 1985 d’ailleurs, huit lauréats seulement ne provenaient ni d'Europe ni des Etats-Unis - aussi la case « Littérature hors Europe et Etats-Unis » a-t-elle fait son apparition.

Conseil bingo, c’est une case qui peut rapporter gros cette année avec les favoris suivants : le kenyan Ngugi wa Thiong’o, Adonis poète syrien naturalisé libanais, les israéliens Amos Oz et David Grossman ou encore l’albanais Ismaïl Kadare, le japonais Haruki Murakami et le romancier chinois Yan Lianke.

La case "engagé" ou "pas engagé"

Pour bien remplir votre grille enfin, il vous faudra penser à placer un carton dans la case « engagé » ou « pas engagé ». C’est important.

Parmi les favoris du futur Nobel, le chinois Ian Lianke devrait cocher la case "engagé" : il a reçu le prix Franz Kafka en 2014 et a déclaré que la littérature chinoise était aujourd'hui "limitée, tenue à certains engagements par le système". Ce qui serait une bonne logique d'alternance dira-t-on, après l'écrivain Mo Yan Prix Nobel de littérature chinois en 2012 accusé d’être un « poète d’état ». En revanche, et pour rester sur des exemples chinois, l’écrivain naturalisé français de langue chinoise Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature en 2000, et ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen, cochait assurément la case « engagé ». Voilà, case après case la grille de lecture simplifiée des Nobel de littérature et ses clivages forcés. Un classement artificiel de la littérature qui en dit long sur notre manière de la voir, et sur ce qu'on veut voir dans le Nobel.

Comme le soulignait Noël Dutrait, traducteur des Nobel Gao Xingjian et Mo Yan, il existe pourtant des convergences ente ces deux écrivains qu'on oppose pour les classer du bon ou du mauvais côté de la "barrière occidentale". L’un et l’autre refuse de devoir répondre à des questions systématiquement politiques et se retrouve sur la place de l’écrivain dans la société. Mo Yan dans son discours de remise de Nobel, dans lequel il ne réitéra pas sa première demande de libération du dissident chinois et Nobel de la paix Lu Xiaobo, ce qui lui fut reproché, disait : « l’écrivain fait partie de la société, il prend tout naturellement position et a son propre point de vue, mais lorsqu’il passe à l’acte d’écrire, il doit se placer sur le plan de l’humain, et décrire tous les hommes à partir de ce point de vue. C’est ainsi seulement que la littérature, tout en initiant l’événement, le transcende, qu’elle s’intéresse au politique tout en se plaçant sur un plan supérieur ».

Mais cette case est trop floue. C’est pourtant le vœu d’Alfred Nobel au départ de récompenser « quelqu'un qui traite de questions universelles, quelqu'un qui nous fasse réfléchir sur nous TOUS».

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