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Reza Akhlaghirad dans "Un homme intègre" de Mohammad Rasoulof

"Un homme intègre", nouveau symbole du combat pour la liberté d'expression en Iran ?

4 min
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Si le film contourne magistralement la censure, le cinéaste, Mohammad Rassoulof, est privé de sa liberté de circuler.

Reza Akhlaghirad dans "Un homme intègre" de Mohammad Rasoulof
Reza Akhlaghirad dans "Un homme intègre" de Mohammad Rasoulof Crédits : Allo Ciné

« La peur du pouvoir entraîne une identification à ce même pouvoir » cette phrase du sociologue américain C. Wright Mills a guidé le neuvième long métrage du cinéaste iranien Mohammad Rassoulof. Étouffé par des structures sociales corrompues, un homme va tenter de rester intègre avant de se retrouver coincé : être broyé par la machine ou devenir un maillon de cette chaîne de corruption. Situation résumée en verbatim par cette réplique du film « dans ce pays on est soit oppresseur soit oppressé », il n y a pas d'alternative. 

Aujourd’hui ce film a une double importance. Du point de vue du cinéma c'est une oeuvre qui contourne magistralement la censure (il aura même pu aller jusqu’au festival de Cannes avec son équipe où il a obtenu le prix "Un certain regard" et sortir en salles à l’étranger même si il est interdit en Iran). Dans le réel le cinéaste, lui, Mohammad Rassoulof, s’est vu retiré son passeport à son retour en Iran, interrogé et accusé d’ « activités contre la sécurité nationale » et de « propagande contre le régime ». Il risque six ans d’emprisonnement et attend sa prochaine convocation dans ce qui ressemble fort à une assignation résidence. 

Pour revenir sur le premier point : le contournement de la censure. On a affaire à un crime parfait. En présentant un scénario édulcoré aux autorités, en tournant loin dans la campagne au nord de Téhéran, en rassemblant un financement totalement indépendant, Mohammad Rassoulof réussit un film très politique qui dénonce la corruption, la persécution de minorités religieuses, la censure des enseignants, sans rien retrancher à l’ambition cinématographique. Comme si justement il n’y avait pas eu de limites. Alors qu’on le sait cette pression sur le cinéma iranien conduit à tourner des films dans des appartements, ou avec une petite caméra embarquée comme Taxi Téhéran le film de ­Jafar Panahi. ­

Jafar Panahi qui avait été arrêté avec Mohammad Rassoulof justement pendant la révolution verte en 2009 pour « actes et propagande hostiles à la République islamique d’Iran ». Ils avaient été tous deux condamnés à six ans de prison – ramenés à un an en appel. Une peine qu’il n’ont pas encore exécutée et qui pèse comme une épée de Damoclès, avec en plus l’interdiction d’exercer son métier pendant vingt ans pour ­Jafar Panahi.

Sur le plan de l’histoire du contournement de la censure le film « Un homme intègre » de Mohammad Rassoulof est donc un objet rare. Il propose une vraie amplitude cinématographique et politique, sans aborder la situation du pays de manière métaphorique. C’est frontal, ce n’est pas laissé à l’interprétation du spectateur.  

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Aujourd’hui Mohammad Rassoulof montre comment d’une part un grand film engagé peut dépasser le stade du tract, comment par son existence son œuvre est une résistance artistique, et enfin que dans ce combat pour la liberté d’expression il n’entend pas se laisser coincé, comme son héros, entre asservissement ou anéantissement. Ne serait-ce que pour montrer qu’il faut continuer à tenir de l’intérieur, même dans l’étau. Sans renoncer, ni s’exiler. Il a dans son courage le soutien du monde du cinéma. Fatih Akin, Fanny Ardant, Olivier Assayas, les frères Dardenne, Arnaud Desplechin, Ken Loach, Alejandro González Iñárritu, Wong Kar-wai, Michael Haneke, Isabelle Huppert, Deniz Gamze Ergüven et récemment l’actrice iranienne exilée Golshifteh Farahani font partie des quelques 14 000 signataires d’une pétition pour sa liberté de circuler et de travailler. 

Un situation à suivre, car on le sait il y a une résilience de la société iranienne par la culture, et une partie de cette culture n’entend pas se dissocier de l’engagement.
 

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