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L'ancien ministre communiste, Jack Ralite, le 11 juin 2013.

Pourquoi Jack Ralite n'est pas devenu ministre de la Culture ?

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Pourtant il aura mené 50 ans de politique culturelle au sens le plus digne et le plus inspirant.

L'ancien ministre communiste, Jack Ralite, le 11 juin 2013.
L'ancien ministre communiste, Jack Ralite, le 11 juin 2013. Crédits : BERTRAND GUAY / POOL - AFP

Ancien ministre communiste de François Mitterrand et élu historique de la Seine-Saint-Denis, Jack Ralite aurait été un excellent ministre de la culture. Dans un communiqué-hommage c'est un autre Jack qui l’a reconnu : « Jack Ralite aurait pu être un très grand ministre de la culture » écrit Jack Lang.

Au fond "ministre de la culture" on peut dire que Jack Ralite l’aura été d’un point de vue local. Mettant sa vision de la démocratisation culturelle et de l’émancipation par les arts en action dans la commune ouvrière d’Aubervilliers et le département populaire de la Seine-Saint-Denis. Exemple emblématique : c'est à son soutien que l'on doit la fondation du Théâtre de la Commune en 1960, premier théâtre de la banlieue parisienne. À l’époque le projet avait reçu pour seul financement de l’Etat 30 projecteurs et deux tables à repasser. C’est dire son investissement.   

Ancien journaliste en charge des pages « culture » de L’Humanité, Jack Ralite sera maire adjoint à la culture d’Aubervilliers pendant 25 ans, puis maire pendant 20 ans. Député de la Seine-Saint-Denis pendant 8 ans (de 1973 à 1981) et sénateur pendant 16 ans (de 1995 à 2011).  

Mais à travers ses mandats locaux et sa politique culturelle aventureuse c’est bien une vision nationale qui s’exprime. Un combat pour la culture que Jack Ralite mène à plus grande échelle, et où se lit en filigrane ce « très grand ministre de la culture » (pour reprendre les mot de Jack Lang) qu’il aurait pu être. 

D’abord parce qu’il avait la conviction que la culture est un pilier de la transformation sociale dont il faut défendre le budget. C’est d’ailleurs lui qui sera le premier à revendiquer au parlement les 1% du budget de l’état pour la culture. Ensuite dans la bataille qu’il mènera inlassablement contre la marchandisation de la culture, et pour la défense du pluralisme et de l’audace. C’est qui va s’incarner dans le grand projet national des Etats-Généraux de la culture que Jack Ralite mène en 1987 et qui aboutit à une déclaration des droits à la culture.  

Jack Ralite avait donc tout pour être un bon ministre de la culture. Il lisait même les livres pour de vrai et vivait au milieu des artistes! Citant Levi-Strauss, Aragon, Jean Vilar, Saint-John Perse ou Merce Cunningham dans un même élan… 

Mais pourquoi n'a-t-il jamais été ministre de la culture? Pourquoi l’a t-on nommé de 1981 à 1983 ministre de la Santé puis délégué à l’emploi? D'une part parce que l'autre Jack, Jack Lang, secrétaire national à l’action culturelle du PS avait réussi en quelques années à s'imposer comme un acteur politique majeur. D'autre part pour des raisons de stratégie idéologique. Même si historiquement les communistes étaient les premiers avec Paul Vaillant Couturier à faire le lien entre la lutte des classes et la lutte pour la culture, en 1981 pour Mitterrand « le socialisme de la liberté » s’affirme comme un projet culturel, et le Ministère de la Culture, devient un ministère régalien qu’on ne peut pas laisser aux communistes.

Sans jamais l’être, « ministre de la culture », Jack Ralite restera néanmoins un pilier et un inspirateur de la politique culturelle jusqu’au bout. Soutien de l’action à la culture de Jack Lang, défenseur de l’exception culturelle française dans les années 90, débatteur de tous les grands enjeux : du droit d’auteur à l’ère numérique aux intermittents du spectacle, en passant par la réforme de l’audiovisuel public.

Sans s'y être installé, il nous lègue aujourd'hui ce regard testamentaire sur l’évolution du Ministère des affaires culturelles depuis sa création en 1959 : "[on est] passé d’une grande politique publique nourrie du Front populaire et de la Libération, à une communication culturelle, puis une marchandisation culturelle, ensuite une financiarisation culturelle, enfin à une mise sous tutelle des affaires de l’esprit par l’esprit des affaires.” Au fond ministre de la culture intimement il ne pouvait pas l'être, occupé aux affaires de l'esprit plus qu'à l'esprit du pouvoir.

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