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Audrey Azoulay, élue ce vendredi directrice générale de l’UNESCO, répond aux journalistes.

Audrey Azoulay à l'UNESCO, son univers impitoyable

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L'ancienne ministre de la Culture a été élue à la tête de l’Unesco, au terme d'un véritable feuilleton. Que nous dit ce spectacle ?

Audrey Azoulay, élue ce vendredi directrice générale de l’UNESCO, répond aux journalistes.
Audrey Azoulay, élue ce vendredi directrice générale de l’UNESCO, répond aux journalistes. Crédits : Philippe Wojazer - AFP

La même semaine la France se qualifiait pour la prochaine Coupe du monde de football en 2018 et gagnait pour ainsi dire "la finale" de l'Unesco, avec l'élection d'Audrey Azoulay à la direction générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation la science et la culture. En apparence une élection qui a moins de chance de passionner les foules que le mondial, et pourtant il y a eu, si ce n'est du sport, du spectacle.

Saison 1

Tout s’est joué très serré avec l'intensité scénaristique d'une série qui est loin se terminer. Pour résumer la saison1 disons qu’il était plus ou moins entendu que ce serait le tour d’un pays arabe de prendre la tête de l’Unesco. Sur les rangs quatre candidats correspondants au profil : un qatari, une égyptienne, une libanaise et un irakien. Et puis à la dernière minute, mi-mars de l’année dernière François Hollande présentait in extremis la candidature de la ministre de la Culture Audrey Azoulay perturbant le jeu. Comme la France abrite l’Unesco, et qu’un accord tacite veut que le pays hôte doit renoncer à diriger l’institution, la nouvelle avait été assez mal accueillie. Ce à quoi Audrey Azoulay avait répondu : « Ce n’est ni le tour des pays arabes ni celui de la France mais celui de l’Unesco qui arrive à un tournant de son histoire et doit entrer dans le XXIème siècle ». Et quel tournant ! Avec une Unesco décrédibilisée par les précédentes directions, critiquée pour sa gestion financière et exsangue depuis qu’en 2011, les Etats-Unis ont de nouveau coupé leur financement après la reconnaissance de la Palestine comme état-membre.

Saison 2 entre "Dallas" et "À la Maison Blanche"

Nous en étions là, au début de la saison 2, la semaine dernière, quand a débuté le vote par les 58 membres du conseil exécutif de l’UNESCO de nouveau ou de la nouvelle directrice général(e). Et dès le premier épisode, tout a basculé. Si on s’attendait à ce qu’aucun candidat n’obtienne la majorité requise de trente voix pour passer dès le premier tour, on a vu arriver en tête à la surprise générale le candidat du Qatar Hamad Bin Abdulaziz al-Kawari (avec 19 voix). Devant la candidate française Audrey Azoulay (13 voix), la candidate égyptienne Mouchira Khattab (11 voix), la candidate libanaise Vera el-Khoury Lacoeuilhe (6 voix), le candidat chinois Qian Tang (5 voix), le candidat vietnamien Pham Sanh Chau (2 voix) et le candidat d’Azerbaïdjan Polad Bülbüloglu (2 voix). Le candidat irakien s’étant retiré avant le premier tour comme celui du Guatemala.

Un favori surprise qui a transformé l’élection en crise géopolitique

C’était désormais sur ce terrain que se joueraient les discussions, tractations et autres réunions secrètes. Plus sur les programmes et ambitions des candidats pour la culture, l'éducation et la science. Pouvait-on laisser l’Unesco chargée d’"éclairer la conscience des hommes" et de "construire la paix" au candidat d’un pays dans lequel se financent des mouvements islamistes et se promulguent les fatwas criminelles du guide spirituel Youssef Qaradaoui ? Le tout sur fond de soupçons de corruption de certains membres et avec un candidat qatari qui affichait d’emblée la couleur… de l’argent, faisant savoir sur Twitter qu' « il n’arrivait pas les mains vides »

Entre "Dallas" et la série politique "A la maison blanche" : les derniers épisodes de cette deuxième saison du feuilleton Unesco ont multiplié ensuite les rebondissements, dans une accélération du rythme narratif et du jeu des alliances.

D’abord jeudi la qualification en finale du candidat qatari suivi du départ fracassant des Etats-Unis et d’Israël qui ont quitté l'Organisation. Puis vendredi un avant dernier tour parallèle pour départager la candidate française de la candidate égyptienne en demi finale. Ce sera finalement la française qui l’emportera, recevant le soutient immédiat de l’Égypte qui avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Yémen, a rompu tous liens diplomatiques avec le Qatar… Un report qui pèsera dans la victoire finale d’Audrey Azoulay à 2 voix près contre le candidat qatari.

Une victoire politique à l'heure où l'Unesco doit se dépolitiser

Audrey Azoulay 45 ans devient donc l’héroïne d’une nouvelle saison. Elle qui est issue d’une victoire politique a justement pour mission de dépolitiser l’institution pour la recentrer sur sa mission culturelle et éducative. Pas facile. Le tout avec 542 millions de dollars d’impayés - de quoi mettre l’Unesco en cessation de paiement d'ici la fin de l'année. Mission Impossible diront certains... Le "cliffhanger" coutumier des séries avant la prochaine saison est bien à comble.

Quant au Qatar, qui organisera la coupe du monde en 2022, on aura vu qu’il ne peut pas obtenir à l’Unesco ce qu’il a pu à la FIFA, mais qu’il peut beaucoup. La suite au prochain épisode ! Que nous aurions intérêt à suivre.

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