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Protestation en faveur d'Oleg Sentsov à la 66ème Berlinale, le festival du cinéma de Berlin, en 2016

Que peut la création pour défendre la liberté d'expression en Europe ?

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Artistes et intellectuels appellent à la libération urgente du cinéaste ukrainien dissident Oleg Sentsov, emprisonné jusqu’en 2034 en Sibérie.

Protestation en faveur d'Oleg Sentsov à la 66ème Berlinale, le festival du cinéma de Berlin, en 2016
Protestation en faveur d'Oleg Sentsov à la 66ème Berlinale, le festival du cinéma de Berlin, en 2016 Crédits : Mehmet Kaman / ANADOLU AGENCY - AFP

"A quoi ça sert d’avoir des principes si vous n’êtes pas prêt à souffrir ou à mourir pour les défendre" la phrase est prononcée derrière les barreaux par Oleg Sentsov cinéaste ukrainien et activiste du Maïdan, ce mouvement pro-européen qui l’a emporté en Ukraine il y a quatre ans. 

Dans la foulée Oleg Sentsov était condamné en 2015 à 20 ans de prison « à régime sévère ». En cause : son opposition à l’annexion de la Crimée par la Russie. Même si officiellement c’est de fomenter des actions terroristes dont l’a accusé le Kremlin. 

Arrêté à son domicile de Crimée, torturé, Oleg Sentsov a fait l’objet d’un procès qualifié de « farce judiciaire » par le Ministre des Affaires étrangères ukrainien et de "stalinien" par l'ONG Amnesty International. Sur la base de preuves fabriquées et de faux témoignages. Une affaire captée dans un documentaire édifiant « Le procès : l’Etat russe contre Oleg Sentsov » d’Askold Kurov. 

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Au moment du verdict, Sentsov l'ukrainien, exemplaire de courage et de détermination, félicite le Kremlin pour sa propagande, revient sur l'expérience du Maïdan qui incarne la possibilité d'un renversement , et enjoint la population russe à ne plus avoir peur.    

Le cas d’Oleg Sentsov nous rappelle, si nous l’avions oublié à la fois la gravité de ce qui se joue en Europe, et le rôle d’une nouvelle dissidence culturelle pour défendre la liberté d’expression, et la liberté tout court.

Car si la Russie a ratifié la Convention européenne des droits de l’homme en 1998, dont l’article 10 stipule que « Toute personne a droit à la liberté d’expression », aujourd’hui des personnalités d’opposition, comme Boris Nemtsov sont assassinées, des journalistes et des ONG harcelés, des centaines d’artistes, d’entrepreneurs, et de militants emprisonnés de façon arbitraire.

Le metteur en scène Kirill Serebrennikov, icône de la résistance artistique face au Kremlin, a quant à lui été mis en résidence surveillée. Le motif cette fois, une accusation absurde de détournement de subventions. 

Alors comment agir ? Et quel rôle peuvent jouer les artistes ? 

D’abord mobiliser au niveau européen. Après le large écho rencontré par la pétition du metteur en scène allemand Thomas Ostermeier pour la libération de Kirill Serebrennikov, une pétition appelle aujourd’hui à la libération urgente d’Oleg Sentsov dont l’état de santé se dégrade. Ken Loach, Mike Leigh, Pedro Almodovar ou Wim Wenders s’étaient déjà engagés, il fallait continuer le mouvement. Arnaud Desplechin, Romain Goupil, Bertrand Tavernier et l'américain Frederick Wiseman sont parmi les signataires du monde du cinéma. Mais on compte aussi le philosophe slovène Slavoj Zizek, le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, le romancier et essayiste ukrainien Andreï Kourkov.

Pour mémoire certains sportifs avaient soutenu la révolution du Maïdan en Ukraine aux J.O de Sotchi, la prochaine Coupe du Monde de foot organisée en Russie en juin/juillet 2018 constitue donc une occasion de faire pression, au moment où Vladimir Poutine aura sûrement été réélu pour un quatrième mandat.

Ce combat citoyen et cette solidarité culturelle européenne sont essentiels, mais se pose aussi la question d’un changement de positionnement artistique. 

Comme le dit Andreï Kourkov qui a publié Le journal de Maïdan : « avant le Maïdan, les artistes ukrainiens essayaient toujours de rester en dehors des problèmes politiques et des questions sociales. Ils cultivaient l'art pour l'art. Maintenant, l'art est engagé… Une nouvelle génération d'artistes, d'écrivains, de poètes se politisent »

Alors oui, il venu ou revenu le moment de croire que l’art, en dépit de l’écrasante oppression, peut et doit agir.

Le philosophe Michel Eltchaninoff également signataire et co-instigateur de cette pétition pour la libération d’Oleg Sentsov le montrait dans son livre « Les nouveaux dissidents » : si le despotisme revient dans les pays de l’ex-union soviétique, la dissidence que l’on croyait disparue à jamais fait également son retour. Un mouvement marqué par l’expérience collective du soulèvement dans la rue, mais aussi par l’engagement "artiviste" (l’activisme par l’art). C’est bien sur ces deux niveaux, l'Art et la Rue, que se mène le combat ! 

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