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Kad Merad et  Jean-Luc Couchard, dans la Saison 2 de Baron Noir

"Baron noir", croire malgré tout au politique ?

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L'écran comme miroir pour redonner le goût de la politique au citoyen ou au contraire l’en dégoûter, c’est peut-être lui donner trop d’importance. Mais ce type d’écriture pose la question du reflet de la réalité politique et de que l’on veut en faire.

Kad Merad et  Jean-Luc Couchard, dans la Saison 2 de Baron Noir
Kad Merad et Jean-Luc Couchard, dans la Saison 2 de Baron Noir Crédits : Jean-Claude Lother / KWAI / CANAL +/ Allo Ciné

La deuxième saison de la meilleure série politique française démarre ce soir sur Canal  : « Baron Noir ». Surnom qui était jadis celui du socialiste Julien Dray, et qui est dans la fiction celui de Kad Merad alias Philippe Rickwaert. Un « baron noir » de retour après avoir purgé une peine pour détournement de fonds publics, et décidé à se refaire une place dans la vie politique pour le bien du pays évidemment…

Tous les coups sont-ils permis pour parvenir à l’union de la gauche ? Faut-il en passer par le plus sombre pour faire triompher ses idéaux ? Voilà quelques-unes des questions soulevées jusqu’ici par la série signée Jean-Baptiste Delafon et Eric Benzeki. Lequel a été l’élève de Julien Day, et la plume de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il était ministre l’enseignement professionnel de 2000 à 2002. D’où sa capacité à retranscrire le verbe politique et les arcanes du pouvoir.

Mais une série, que peut-elle pour la politique ? Un an après l’élection de Trump, c’est l’ancien assistant parlementaire démocrate Bruce Wolpe qui s’en est pris à la série « House of Cards » dans un billet sur la chaîne américaine ABC. Je le cite : « un personnage comme Trump a pu apparaître normal à un public qui a vu cela depuis des années à la télévision – non seulement des versions héroïques de la présidence, mais ses descriptions perverses et révoltantes comme dans « House of cards » ».  D’un côté l’idéalisme moral confronté au cynisme des contingences dans « À la maison blanche » d’Aaron Sorkin, de l’autre les ignobles combines d’un personnage motivé par sa seule soif de pouvoir dans « House of Cards » de Beau Willimon. L’écran comme un miroir, qui pourrait redonner le goût de la politique au citoyen ou l’en dégoûter, voire légitimer ses pires travers : c’est peut-être lui donner trop d’importance. Reste que dans ce type d’écriture, l’on se confronte forcément à cette question du reflet de la réalité politique et de ce que l’on veut en faire.

Dans « Baron Noir » c’est la zone grise qui est explorée. Le spectateur est à la fois renseigné sur toute la violence des tractations qui se jouent derrière les décisions qui lui parviennent en surface dans les médias, et en même temps jamais totalement abandonné à l’idée du « tous pourris ». Une violence qui pour le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand reste même en-dessous de la réalité, il aurait déclaré : « si vous mettiez dans votre série ce dont j'ai été témoin dans certains bureaux politiques des Républicains, vos téléspectateurs ne vous croiraient pas ».

Dans cette saison 2 les passes d’armes sont tout de même au rendez-vous, notamment à travers le personnage de Kad Merad alias Philippe Rickwaert : où comment pourrir la campagne d’un ancien « camarade » socialiste aux législatives pour lui prendre sa place. Et comment dégager des listes les cumulards à trois mandats, pour des motifs de départ qui n’ont rien à voir à avec la morale et restent purement tactiques. Seulement comme le dit l’un des deux créateurs de « Baron Noir » Eric Benzekri « La politique n’est pas un milieu où la tactique l’emporte toujours. Non seulement une part de sincérité existe chez les politiques, mais elle n’est pas feinte. Si on ne leur accorde par un minimum de confiance, alors il n’y a plus de politique. Et s’il n’y a plus de politique, il n’y a que la barbarie ».

Comment cela se traduit-il dans la série et dans cette saison 2 ? Bande annonce !

Réaliste et même visionnaire, cette saison 2 de Baron Noir s’ancre dans la décomposition du système politique actuel et anticipe pendant son tournage l’apparition d’un espace au centre incarné non par Emmanuel Macron, mais par Anna Mouglalis alias Amélie Dorendeu. Comment réformer le pays et contrer le FN ? Quel équilibre entre les tenants du pragmatisme économique et les aspirations urgentes de progrès social ? Comment manœuvrer face au sexisme ? Comment profiter des conseils stratégiques de Kad Merad/Philippe Rickwaert sans perdre le contrôle ? Je ne voudrais rien « divulgacher » de cette saison 2,  vous le saurez en regardant, mais la bataille politique aussi paradoxale soit-elle en sort grandie.

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