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Un visiteur lit des bandes dessinées à la 45ème édition du Festival d’Angoulême, le 25 janvier 2018.

La vitalité du marché de la BD profite-t-elle à la création ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le festival d’Angoulême a célébré des chiffres enthousiasmants pour le marché de la bande dessinée, et l'incroyable créativité du secteur, mais attention aux pièges de la rentabilité.

Un visiteur lit des bandes dessinées à la 45ème édition du Festival d’Angoulême, le 25 janvier 2018.
Un visiteur lit des bandes dessinées à la 45ème édition du Festival d’Angoulême, le 25 janvier 2018. Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

Le « Cannes » de la BD, le festival d’Angoulême, était doublement à la fête cette année. Avec des chiffres enthousiasmants pour le marché de la bande dessinée, et un palmarès audacieux, reflet de la vitalité créative du secteur.

Côté palmarès je citerai quelques exemples, à commencer par un Fauve d’or à 30 ans pour Jérémie Moreau et sa Saga de Grimr quête identitaire d’un jeune orphelin dans l’Islande du 18ème siècle, entre force du récit d’aventure et beauté picturale éclatant sur des planches muettes aquarellées. Mais aussi le prix Cultura du public à Marion Montaigne pour son récit pop scientifique Dans la combi de Thomas Pesquet, le prix spécial du jury à Marion Fayolle pour sa comédie musicale dessinée Les amours suspendues, ou encore le prix de la BD alternative à la jeune revue « Bien Monsieur » d’Elsa Abderhamani et Juliette Mancini qui entendent « raconter notre société sans révérence, que ce soit par la dénonciation d’un fait d’actualité ou d’une conduite politique, ou par la narration autobiographique ».

Côté chiffres maintenant, ceux de l’institut d’études de marché GfK publiés à l’occasion du festival ont fait état d’une année record : le marché de la BD a fait son plus gros score depuis 10 ans. Bien sûr, pour rendre à Astérix ce qui est à Astérix, cette flamboyance annuelle du secteur est en partie due au succès du 37ème album de la saga, en tête de vente de livres en France en 2017. Du reste le marché de la BD a tout de même augmenté de 20% en 10 ans ! Pour autant on assiste à un paradoxe où "les créations n’ont sans doute jamais été aussi vivantes, variées,  enthousiasmantes, et les auteurs aussi pauvres - dans leur grande  majorité" comme l'a rappelé le collectif d'artistes et auteurs mobilisés lors du festival.

En effet, il n’y a pas que le blockbuster Astérix, le bouillonnement créatif dont fait preuve la BD porte également le secteur, avec 5% de progression pour la BD contemporaine. À travers les récits fictifs, récits à l’assaut du réel, les biographies, et les adaptations littéraires. 

Je voudrais m’arrêter un temps sur ce phénomène qui rend compte à la fois de l’incroyable diversification de la BD mais aussi d’une logique de marché qui a ses travers. 

Depuis un certain temps déjà, les adaptations de classiques en Bande Dessinée se multiplient : Germinal de Zola, L’étranger de Camus, Moby Dick de Melville, mais aussi une collection de manga qui regroupe Le Rouge et le Noir de Stendhal, Les Misérables d’Hugo et Une vie de Maupassant. Bien sûr c’est parfois l’occasion de découvrir des relectures inventives, ou des transpositions accessibles à un public qui n’aurait pas aborder directement les œuvres originales. Mais dans ce cas précisément, l’avantage de la transmission se combine avec le danger du substitut.

Ce qui se fait jour également, c’est relecture de la littérature contemporaine par la bande dessinée contemporaine. Manu Larcenet qui s’est emparé somptueusement du Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, et tout récemment Mon traître le roman de Sorj Chalandon transposé en bande dessinée par Pierre Alary. Des passerelles entre littérature et bande dessinée qui les nourrissent l’une et l’autre. Seulement attention, là encore il y a des relectures inventives dirigées par de vrais coup de foudre pour une histoire, comme des systèmes de déclinaisons mercantiles. La BD « Au revoir là-haut » adaptée du roman de Pierre Lemaitre s’est vendue à 75 000 exemplaires, 20 000 pour « Bojangles » tiré du roman d’Olivier Bourdeaut, des succès qui donnent forcément des envies de coups éditoriaux… 

Aussi serait-il dommage que la bande dessinée, en pleine effervescence créative, prennent le mauvais pli du cinéma quand il délaisse les scénarios originaux pour des adaptations (de BD notamment), plus confortables, et sans grande invention.

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