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"Mélancolie(s)"  de Julie Deliquet d'après Ivanov et Les Trois Soeurs

Tchekhov, la voix de la génération Y ?

4 min
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Une nouvelle génération de metteurs en scène ne le considèrent pas comme un dramaturge du répertoire, mais comme un frère.

"Mélancolie(s)"  de Julie Deliquet d'après Ivanov et Les Trois Soeurs
"Mélancolie(s)" de Julie Deliquet d'après Ivanov et Les Trois Soeurs

Le russe Anton Tchekhov est mort il y a plus d’un siècle, et c’est pourtant l’auteur le plus contemporain de l’automne. En tous cas, telle est l’impression qui se dégage à voir en l’espace de quelques mois ses pièces montées ou démontées par les metteurs en scène d’une nouvelle génération qui ne voient pas en lui un auteur de répertoire, mais un frère.

Sans être exhaustive, je citerai : l’australien Simon Stone et sa réécriture totale des « Trois sœurs », Julie Deliquet avec « Vania » (d’après Oncle Vania) ainsi que sa nouvelle création « Mélancolie(s) » qui hybride « Les trois sœurs » et « Ivanov », sans oublier Vincent Macaigne dont le premier long métrage « Pour le réconfort » est une « Cerisaie » moderne assumée. D’autres jeunes metteurs en scène au 104 à Paris ou au théâtre des Gémeaux de Seaux se sont également emparés de « La Mouette ». 

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Mais comment Tchekhov est-il devenu la voix de la génération Y ? Ce n’est pas la Russie pré-révolutionnaire qui s’entend dans ces mises en scènes, ni le spleen d’une époque, mais bien les mutations de l'aujourd’hui. Celui d’une génération dites « Y » née dans les années 80 et 90. Une génération qui a peu ou prou l’âge de Tchekhov quand il écrit ses pièces principales. Car « La Mouette », « Oncle Vania », « Les trois sœurs » et « La Cerisaie » sont produites entre ses 35 et ses 44 ans, l’âge où il meurt en 1904.

On pourrait se dire que ce sont tout simplement de bonnes mises en scène, car Anton Tchekhov tel qu’on le découvre dans ses correspondances défend un théâtre totalement en prise avec la vie contemporaine. Il indique d’ailleurs toujours en préambule de ses pièces qu’elles se déroulent au présent. Mais cette explosion tchekhovienne chez les jeunes metteurs en scène n’est pas une simple modernisation de la façon de jouer l’auteur russe. 

C’est un manifeste pour lequel Tchekhov fournit des armes. Et ces pièces au fond soldent les comptes. C’est la fin d’un système qui n’en finit plus de s’essouffler, avec ses inégalités criantes, c'est l’espoir d’une vie meilleure pour se rendre compte qu’inlassablement elle est la même, que l’on se trompe et l’on s’en veut, c'est l’illusion du couple, c'est la fin de tout modèle de réussite, de toute certitude. Pas de pragmatisme qui tienne. Comme l’écrivait Tchekov « Il serait temps que les gens qui écrivent, en particulier les artistes, reconnaissent qu'en ce monde on n'y entend goutte ».

Si la pensée de Tchekhov rencontre celle de la génération Y c’est que ses mots aussi le permettent. Ils disent la désillusion sans sophistication, et traversent le temps de manière directe. Simon Stone le formulait ainsi : « Tchekhov ne voulait pas faire de littérature. Il voulait écrire la vie. La mettre sur le plateau. » 

Dans "Les Trois sœurs" mise en scène par Simon Stone, pourtant, celui-ci a tant réécrit le texte qu’on pourrait changer le titre ! Le personnage d’Olga dit : « pourquoi est-ce si dur de devenir adulte ? » avant de balancer à ses sœurs « allez tous vous faire foutre ». C’est la charge des « Trois sœurs » qui reste, pas les mots de Tchekhov.

Chez la metteuse en scène Julie Deliquet dans « Vania » (d’après oncle Vania) et dans « Mélancolies » (hybride d'"Ivanov" et des "Trois sœurs"), l’impératif est au contraire que tous les mots soient de Tchekhov à quelques exceptions près. Il en résulte que tous les enjeux contemporains de ses pièces, et leur force à décrire les maux d’une génération au présent, s’entendent encore mieux.

« Comment se positionne-t-on dans un monde en train de chuter ?» demande Julie Deliquet. En jouant la pièce dans le réel avec son collectif "In Vitro", en improvisant chez les gens pour la préparer, la metteuse en scène a remarqué que des mots de Tchekhov sortaient spontanément sans qu’on sache qu’ils étaient de lui. 

La force de Tchekov est peut-être de fournir à une génération les mots qui lui manquaient.

- MELANCOLIE(S) : Julie Deliquet et le collectif In Vitro au Théâtre de la Bastille jusqu'au 12 janvier puis en tournée.

- Les Trois Sœurs : Simon Stone au Théâtre de l'Odéon jusqu'au 22 décembre.

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