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Zéro Phyto 100% Bio de Guillaume Bodin

Le cinéma peut-il changer les habitudes alimentaires ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Provoquer le déclic sans culpabilisation ni dogmatisme c’est la gageure des nombreux films qui alertent sur la surdose de sucre, de viande, de pesticides.

Zéro Phyto 100% Bio de Guillaume Bodin
Zéro Phyto 100% Bio de Guillaume Bodin Crédits : Guillaume Bodin / Amétis / Dahu Production / Allocine

Le sucre, la viande, les pesticides : les rapports alarmants ont beau se multiplier, la veine culpabilisante et dogmatique agit comme un repoussoir. Provoquer le déclic d’une alternative ou dissiper le sentiment « aquoiboniste » c’est la mission et la gageure de nombreux films qui se sont récemment emparés de ces sujets.

Arrêtons-nous sur trois exemples, trois approches. Le documentaire « Zéro phyto 100% Bio » de Guillaume Bodin qui vient de sortir tente de mobiliser par la « preuve ». Monter ce qui se fait autrement et qui fonctionne. Si je vous dis qu’il est vigneron bio et en biodynamie avant de s’être lancé dans la bataille de l’image animée pour convaincre, une petite alarme risque de se mettre à clignoter : encore quelqu’un qui va vous chapitrer sur une nano-révolution qui ne concerne que quelques-uns. Pourtant, à voir les initiatives mobilisées pour illustrer cette transition vers le « 0 pesticide », de la cantine scolaire aux espaces de verts de Versailles, on ne peut qu’être convaincu. Je reviendrai sur cette formule mais d’abord un extrait.

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Même en transmettant le plaisir et la fierté de ces réussites, qui apparaissent comme de nouveaux possibles plus que comme des contre-exemples, l’approche « le voir pour y croire » assoit la crédibilité de ces alternatives mais reste au fond éducative. Or sur ces sujets, comment dépasser le stade de la démonstration ? J’en reviens à cette formule : « on ne peut qu’être convaincu ». Le libre arbitre en veut davantage justement.

Autre exemple, autre approche, le documentaire « Sugarland » du réalisateur australien Damon Gameau qui vient de sortir également. L’axe cette fois est résolument humoristique et gonzo. À la manière du « Super Size Me » de Morgan Spurlok sur la junk food, Damon Gameau a pris exemple sur son corps et expérimenté les effets d’un régime alimentaire riche en sucre pendant 60 jours avec suivi médical et scientifique. Régime qui correspond à la "normale" pour nombre de ses compatriotes australiens, à savoir l’équivalent de 40 cuillères à café de sucre quotidiennes.  « Sugarland » veut déculpabiliser mais informer cet individu lambda qui n’a pas envie qu’on lui dicte ses plaisirs. Et plutôt que de viser les sodas et les gourmandises spectaculaires, l’intérêt de la démarche est de s’appliquer aux sucres cachés. Yaourts à faible teneur en matière grasse, barres de muesli, céréales « saines », jus de fruit en tous genres, boissons sportives et smoothies : c’est le tout le marketing du « bien être » enrobant les bombes de sucres du quotidien qui est démonté. Résultat : en trois semaines, le réalisateur-cobaye avait développé une stéatose hépatique, un pré-diabète, des risques cardio-vasculaires, et 11 cm de tour de taille supplémentaires. Plus ce début d’addiction au sucre, que les chercheurs décrivent aujourd’hui comme supérieure à la cocaïne.

Commentaire drolatique à la première personne, musique pop, animations cartoonesques, le documentaire est conçu comme un produit alléchant, et il fait tilt. Mais peut-être a-t-il lui aussi les défauts de l’enrobage et le goût désagréable de l'enfer du bien qu'on vous souhaite.

Aussi vite avalé aussi vite recraché? Peut-être pas. Mais prenons un troisième et dernier exemple, la fable futuriste Okja du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho et l’histoire de cet animal révolutionnaire, une truie hippopotamesque que l'on veut sacrifier sur l’autel des grands projets nourriciers de l’industrie agro-alimentaire. On a vraiment pu mesurer après la sortie du film - en lice au dernier festival de Cannes - une augmentation de 65% des recherches Google du mot « vegan ». Sans convertir tout le monde au végétarisme, le problème de la surconsommation de viande et les moyens de s’en détacher ont réussi à atteindre le public. Bilan, la fiction et l’empathie sublimées proposent un mensonge plus convainquant qui les démonstrations de vérité. Avis aux réalisateurs.

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