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Portrait de France Gall, chanteuse française (née en 1947) en mars 1966.

France Gall, poupée de sons ?

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Découverte adolescente yéyé avant de devenir une icône pop transgénérationnelle, la "petite" France n'était pas si soumise.

Portrait de France Gall, chanteuse française (née en 1947) en mars 1966.
Portrait de France Gall, chanteuse française (née en 1947) en mars 1966. Crédits : Farabola/Leemage - AFP

Une poupée de sons France Gall ? Pas au sens passif où l'on a pu l’entendre, mais parce que c’était une femme cousue de musique.  

Bien sûr, il y a le malentendu des premières années. La carrière de celle qui s’appelle encore Isabelle commence très tôt, poussée par sa famille. Elle a grandi dans la musique : initiée au piano à 5 ans, à la guitare à 11 ans, un grand-père fondateur des petits chanteurs à la Croix de bois, un père parolier pour Edith Piaf et Charles Aznavour. C’est lui qui l’incite à enregistrer son premier disque chez Phillips à 16 ans, un âge où il doit signer ses contrats, et dans un contexte où elle ne peut même pas garder son prénom pour ne pas interférer avec Isabelle Aubret alors vedette de la même maison de disque. Ce sera donc France. 

Comme un destin imposé qui résonne avec cette chanson que Michel Berger lui écrira 10 ans plus tard en 1974 « Si l’on pouvait vraiment parler » .  

"Je suis une poupée de cire, une poupée de son. Mon cœur est gravé dans mes chansons" chante France Gall pour l’Eurovision qu’elle remporte sous les couleurs du Luxembourg en 1965, une drôle de victoire. Le titre, signé Serge Gainsbourg, fait allusion à ces starlettes de la chanson que l’industrie du disque fabrique à la chaîne. Les répétitions se passent très mal, après son passage France Gall n’y croit pas. Finalement c’est le succès, précédé avant de remonter sur scène d’un coup fil à Claude François qui la quitte sur le champ. Jaloux peut-être? Mais où est-elle, elle, dans cette carrière qu’on lui fabrique ? Certes avec des orfèvres comme le jazzman arrangeur de Vian et Gainsbourg, Alain Goraguer.   

Le malentendu touche à son comble avec « Annie aime les sucettes » en 1966. France Gall à qui Gainsbourg a fait enregistrer des rires naïfs sur le titre « Pauvre Lola », se retrouve piégée en lolita par des paroles très suggestives qu’elle ne mesure pas :   

« Trahie par les adultes », la pauvre petite France n’en est par autant soumise. Et on aurait tort de croire que celle que son père surnommait « le petit caporal » allait se laisser faire. D’ailleurs dans un entretien à Rock and Folk en 1968 Gainsbourg dira d’elle : « Sous couvert d'une gentillesse enfantine, elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la pensez petite gourde vous avez tort ».   

Les années qui suivent, présentées comme celle du déclin avant la rencontre avec Michel Berger, sont pourtant très riches musicalement. Amour pour le jazz qu’elle essaye de défendre à chaque album, collaborations avec l'orchestrateur anglais David Whitaker qui a travaillé pour les Rolling Stones, chansons signées Joe Dassin : « bébé requin » en a dans le ventre. 

Bébé requin fera même un disque en Allemagne avec le futur pape de la disco Giorgio Moroder, et s’offre des reprises de bossa nova en allemand comme ce titre de Marcos Valle.   

En 1971 France Gall est la première artiste à enregistrer en France pour le label américain Atlantic. Et en 1972 elle fait son retour auprès de Gainsbourg avec ce bijou blues composé par Jean-Claude Vannier « Les petits ballons ». Mais cette fois elle joue sciemment avec les mots... "Mais moi rien ne me touche /Je n'éprouve aucune émotion/Je ne frémis que si l'on touche / À mes petits ballons".  

La suite c’est bien elle qui l’a voulue, c’est elle qui ira chercher Michel Berger séduite par la chanson « Attends moi » qu’elle entend un jour à a la radio. Comme elle l’a dit dans son autoportrait télévisé « France Gall par France Gall » en 2001, à ce moment-là, elle en est convaincue « ce sera lui ou personne ».   

Qu’on en finisse avec cette poupée passive qui passe de pygmalion en pygmalion, France Gall est une femme de sons qui va dénicher le compagnon musical et affectif avec qui elle changera la chanson française. On ne pourrait mentionner ici toute leur collection de tubes Pop, au sens noble. C'est à dire qui donnent à tous et pour toujours l’envie de chanter et de danser. « Ça balance pas mal à Paris », « Viens je t’emmène », « Besoin d’amour », ou « Il jouait du piano debout »  en hommage à Jerry Lee Lewis qui marque un tournant définitif et défend explicitement l’audace musicale. Puis ce « Résiste » qui enfonce le clou « ce monde n'est pas le tien, viens, bats-toi, signe et persiste ». D’une aventureuse mélopée comme « Calyspo » au secouage déterminé de la tête sur « Ella, elle l'a », tout nous le prouve : France Gall était une chanteuse du rythme. Une headbangeuse comme on dirait aujourd’hui, qui continue d’inspirer la nouvelle génération telle Juliette Armanet. 

Si la mort successive de Michel Berger et de leur fille, la pousse à mettre un terme à sa carrière en 1997, France Gall aura mené un dernier projet musical il y a deux ans avec le spectacle « Résiste », pensé avec son compagnon Bruck Dawitt ingénieur du son de Prince, Queen ou Michael Jackson et la chorégraphe de Stromae et Christine and the Queens Marion Motin. 

France Gall avait un credo qui reste intacte « faisons taire les mélancoliques avec notre propre rythmique et notre joie » Musique !   

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