LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le pouce géant de César (1921-1998) installé en novembre 2017 sur la piazza du Centre Georges Pompidou

Pourquoi César n'est plus "ringard" ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Que nous dit cette première rétrospective à Pompidou ? Un événement qui ressemble moins à une réhabilitation qu’à une « compression » des grandes problématiques qui traversent l'art contemporain.

Le pouce géant de César (1921-1998) installé en novembre 2017 sur la piazza du Centre Georges Pompidou
Le pouce géant de César (1921-1998) installé en novembre 2017 sur la piazza du Centre Georges Pompidou Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

César à Pompidou, 20 ans après sa mort, c’est l’événement. Figure majeure du Nouveau Réalisme et figure majeure de l’art tout court, il n’avait jusqu’ici pas fait l’objet d’une rétrospective. Un événement qui ressemble moins à une réhabilitation qu’à une « compression » pour reprendre le vocable créatif du sculpteur. 

Une compression de quoi ? Pas de taule automobile, de rubans de cuivre, de sacs de jute ou de cartons comme il en a produites, mais d’art contemporain. Car dans le cas « César enfin à Pompidou » se compressent une foule de grandes problématiques. Elles ne sont pas résolues pour autant, mais la séquence de cette rétrospective nous permet de voir comment César les fait toutes tenir ensemble.  

César incarne d’abord cette règle qui veut qu’un artiste populaire, trop populaire, se retrouve mécaniquement chassé du champ des avant-garde. D’ailleurs César est ce qu’on pourrait appelé un artiste « vu à la télé », au moins une fois par un an, à travers les récompenses de la dite cérémonie des Césars. Du temps du jeune artiste prometteur, des matériaux de récupération et de la série des « fers soudés » dans les année 50 puis des « compressions » dans les années 60, tout va bien. Un appareil conceptuel arrive même à point nommé pour formuler ses expérimentations, ce sera le mouvement des Nouveaux Réalistes fondé par le critique d'art Pierre Restany selon qui César est « le sculpteur de l’appropriation du réel ». L’artiste provoque, innove, le critique théorise, c’est un scénario qui roule. 

Et puis les premières "Expansions" en mousse de polyuréthane arrivent et les performances qui vont avec. Patatra son galeriste Claude Bernard déteste. Un virage pop à la française, doublé plus tard d’un train de vie tape à l’œil qui ne passe pas dans les milieux de l’art. Et là c’est une autre question qui vient se compresser, ce que le regard qu’on pose sur une vie d’artiste fait à l’œuvre. Comme si ce prosaïsme apparent vous faisait tomber de votre piédestal artistique.   

Enfin Bernard Blistène le directeur du Musée national d’art moderne, et commissaire de la rétrospective au Centre Pompidou l’a montré : César compresse cette vieille querelle des anciens et des modernes. Capable de se réinventer sans cesse dans la matière, d’ouvrir de nouveaux chantiers, puis d’y revenir. On ne se saurait le classer d’un côté ou de l’autre de la barrière, il tient du paradoxe. Des taules froissées récupérées sur les circuits dans les années 60, aux taules rutilantes et métallisées de Fiat milanaises flambant neuves à la fin des années 90, César invente autant qu’il se reprend. Pour des artistes comme Bertrand Lavier, Claude Lévêque et aujourd’hui Xavier Veilhan, des commissaires et critiques d’art comme Catherine Millet qui programme le sculpteur à la Biennale de Venise en 1995, la question ne se pose pas. Pour eux, César ouvre des champs majeurs, lance des comètes, et explore l’autonomie des matériaux dans un espace sans limites. Un mur pourtant, contre lequel "le prêt à classer" se fracasse.   

D’ailleurs César Baldaccini , fils d’immigrés toscans et enfant du quartier populaire de la Belle de Mai à Marseille, s’en est toujours bien amusé.   

« Je ne renie rien. Je demande seulement qu’il y ait plusieurs lectures » dira-t-il encore. Oui César est une compression. Mais aujourd’hui, que son pouce en or de géant (issu des expériences de la série « empreintes humaines ») trône sur la piazza de Pompidou, on ne peut s’empêcher d’y voir un majeur.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......