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Romy Schneider dabs "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot

Clouzot et les mauvaises filles

4 min
À retrouver dans l'émission

Rétrospectives, expositions, livres : le "cinéaste du mal" est partout, et pas si misogyne que l'on croit.

Romy Schneider dabs "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot
Romy Schneider dabs "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot Crédits : Allo Ciné

Henri-Georges Clouzot est partout. C’est à la fois les 110 ans de sa naissance et les 40 ans de sa mort. Locomotive calendaire qui entraîne des wagons d’événements culturels : dont la rétrospective et l’exposition « Le Mystère Clouzot » à la Cinémathèque française, l’édition en coffret DVD de ses œuvres presque complètes, des livres, un cycle sur Arte et autres manifestations de ce « moment Clouzot ». Un mélange entre quasi jubilé et sortie de purgatoire. 

L’auteur de « L’assassin habite au 21 », du « Corbeau », du « Salaire de la peur » et des « Diaboliques » était jusqu’ici peu mis à l’honneur, traînant dans une forme d’abîme à la noirceur proportionnelle à l’image qu’on lui a collée et qu'il a bien voulu donner. 

Clouzot était tout à la fois une référence et une controverse. Dézingué par les critiques de François Truffaut (qui reviendra sur son jugement dans les années 70), interdit d’exercer son métier après la libération pour avoir réalisé des films sous l’occupation nazie (avant que la mesure soit levée avec le soutien de Sartre et de Camus), étiqueté classique avant qu’on redécouvre ses expérimentations formelles, notamment avec « L’Enfer » son film inachevé de 1964.  

Revoir, repenser, nuancer c’est tout l’intérêt de ce « moment Clouzot ». Et ce sont les rôles féminins qui m’ont étonnée en deuxième lecture.

Je sais qu’une réputation misogyne le précède eu égard à ses personnages de femmes toxiques, sans oublier son attitude tyrannique envers ses actrices. Y compris envers sa femme Vera, qu’il aurait torturé à chacun de ses rôles. Pour autant au cœur ses films au venin noir, entre délation, vice, sadisme, compromission et veulerie, les mauvaises parmi les mauvais ont quelque chose de libérateur. 

Ecoutons la mauvaise fille « Manon» en 1949 incarnée par Cécile Aubry dans l’adaptation par Clouzot du roman de l'Abbé Prévost. Transposé dans le climat trouble de la fin de l'occupation et des premiers mois de la Libération.

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Les rapports sont violents, le personnage de Manon est ambigu, vénal, salement compromis et pervers, mais c’est justement parce qu’il a bien compris le roman de l’abbé Prévost que Clouzot saisi la modernité de ce personnage féminin qui est tous sauf une sainte. 

Prenons un autre exemple, « le Corbeau » en 1943. Dans ce miroir de la délation française sous le régime de Vichy, la renaissance vient du couple formé par un médecin brisé et une fille infirme qui s’offre à tous les hommes pour oublier son handicap. Encore une mauvaise fille.

Quant à "La Vérité"en 1960, avec Brigitte Bardot, Clouzot y transpose l’affaire Pauline Dubuisson, condamnée aux travaux forcés à perpétuité sept ans plus tôt pour l'assassinat de son ancien amant. On y décèle ce que Philippe Jaenada montrera plus tard dans son livre « La petite femelle » à savoir le procès que fait une société non pas à une meurtrière mais à une mauvaise fille dont on condamne les mœurs.

En touchant à l’obscure et l’ambivalence, le cinéaste Clouzot dont on dit qu’il avait le génie du mal mais aussi le mal du génie, nous offre des personnages féminins affranchis non seulement des règles sociétales mais aussi d’une esthétique morale. Enfin un peu de trouble dan le genre.

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