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Barbara, dans sa loge, au Havre le 1er février 1971.

Barbara c'est nous?

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La grande exposition consacrée à la chanteuse « Barbara » vient d'ouvrir à la Philharmonie de Paris et nous montre littéralement ce qu'est "faire corps" avec son public.

Barbara, dans sa loge, au Havre le 1er février 1971.
Barbara, dans sa loge, au Havre le 1er février 1971. Crédits : JEAN-PIERRE PREVEL - AFP

Avec "Barbara" nous n’avons pas affaire à une foire aux fétiches comme dans d’autres expositions sur de grands artistes musicaux. La chose est entendue dès les premiers pas franchis, il s’agit de passer derrière le rideau. De découvrir derrière l’icône et les clichés en noir et blanc, la femme et plus seulement la dame en noir.

Elle ne se disait d’ailleurs pas chanteuse, mais « femme qui chante ». La nuance est primordiale. Et tout réside dans cette expression simple en apparence. Car pour être une femme, qui chante, rien n’a été simple. Il a fallu créer ce corps qui vit et qui respire. Et c’est ce que nous donne à voir cette exposition. Sans dépasser des limites d’impudeur autres que celles que Barbara s’est elle même autorisées. On suivra donc par la chronologie, les archives et les extraits de ses mémoires inachevées, la construction de ce corps.

Construire le corps de Barbara

Ce corps qu’il faut d’abord nommer. Comme pour lui donner sa première existence. Performative. Monique Serf qui a fui la guerre et les rafles, qui a vu sa famille dispersée, Monique Serf dont l'univers bascule dans l’horreur à 10 et demi à Tarbes avec ce père dont elle de plus en peur… Monique Serf deviendra Barbara Brody. Barbara pour le poème de Prévert, Brody pour les grands parents maternels Brodinsky. Mais elle ne le sait pas encore. Tout comme elle ne se voit pas encore en femme qui chante, elle veut être « pianiste chanteuse ». Le premier corps c’est l’instrument. Le piano dont elle a épousé les remparts grâce à sa professeure Madame Thomas-Dusséqué.

Nous sommes maintenant dans les années 50 à Bruxelles où Monique Serf a fugué et failli ne pas se transformer en Barbara. "Il pleut, j’ai faim, j’avance, il faut du courage pour se prostituer, je n’ai pas ce courage-là" écrira-t-elle dans ses mémoires.

"Lentement je reprends forme"

En 1953 le nom de Barbara s’écrit pour la première fois sur une affiche bruxelloise, elle a 23 ans, et le corps de Barbara se dessine au contact des cabarets. "C'est la scène qui m'apprend que j'ai un corps que je vais devoir écouter et regarder. Lentement je reprends forme" écrira-t-elle encore.

Un corps qui selon elle commence tout juste à respirer dans ce qu’elle appellera sa première maison : « L’Ecluse ». le cabaret de la rive gauche à Paris où elle est devient "la chanteuse de minuit ", une des premières auteures-compositrices-interprètes, et bientôt une artiste phare dès 1958. La respiration vient donc avec cette écriture, et ce lieu à soi. La pianiste chantante a pris corps, oui mais toujours pas la femme qui chante. Ce sera avec cette chanson « Nantes » en 1963...

De la pianiste chantante à la femme qui chante

"Nantes" ces adieux manqués à son père, un moment de clôture, qui coincïde avec le début du succès. La transformation est achevée : « enfin je suis une femme qui chante et cela m'était nécessaire comme de respirer » écrit-elle «mais c’est une joie très lourde à porter presque un chagrin brutal ».

Voilà pour la naissance de cette femme qui chante, et va chanter sa vie de femme car comme elle le dit « les chansons d'amour étaient écrites par des hommes et ce n'est pas comme ça que je voulais parler d'amour. Alors j'ai commencé à en écrire ».

Un corps accouché par son public

Mais la force de cette exposition "Barbara" est de nous montrer ensuite comment ses hommes et son public deviendront les accoucheurs de cette entité nouvelle ou réconciliée. Elle en est consciente, dès 1968, dans une interview chez Denise Glaser.

Au fond, c’est peut être ça « faire corps son public », donc tout sauf être un fétiche. On se rend compte que Barbara a bien avec ceux qui vont la voir en concert, comme ceux pour qui elle chante dans les hôpitaux « une communauté de colère ». Un cri qui réclamait un corps.

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