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La figuration libre : changer l'art à défaut de changer la vie ?

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Une grande exposition « Libres figurations- Années 80 » et trois récentes expositions monographiques réactivent l'énergie de ceux qui voulaient remettre l'art dans la vie.

Si le slogan de la gauche était de « changer la vie » dans le programme du PS en 1972, l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981 coïncide avec une effervescence artistique baptisée en France de « Figuration libre». Terme qui ne vient pas d’un critique mais qui est donné, un peu au hasard, par un certain Ben que le public connaît pour ses lettrages blancs sur fond noir.

Ces artistes veulent changer l’art en le remettant dans la vie. 

Comme le formule l’un des piliers du mouvement, le peintre François Boisrond : « nous étions fascinés par les fanzines, l’art brut, le hard rock, le punk tout ce qui était mal fait, populaire, violent, bas. La téloche aussi. On voulait se vautrer dans la culture la plus méprisée, il y avait l’idée de se confronter au quotidien, renouveler les sujets, les thématiques, vivre la peinture au présent ».

Et de fait cet art se produit dans la rue, les clubs, les revues, les ateliers, dans un bouillonnement non académique et pulsionnel. Mais l’intérêt de la grande exposition "Libres Figurations" qui rassemble plus de 50 artistes internationaux et 200 œuvres, réside dans le fait de ne pas mettre cette agitation dans une boîte. Comme on regarderait, au loin, cette bande de cintrés des années 80, désormais bien rangés dans une période identifiée de l’Histoire de l’art contemporain. Période qu’il suffirait d’analyser enfin bien au sec, sur des rivages conceptuels distancés. 

Ce serait un comble pour un mouvement qui refuse la théorie, les groupe organisés, les manifestes, les normes, comme le note la commissaire d’exposition Pascale Le Thorel. Dans son journal en 1981, la peintre Catherine Violet écrit « notre mouvement est réactif : formes simples assez primaires mais qui ont le mérite de se débarrasser de tout un fardeau théorique qui stérilise la production picturale ». C’était alors le règne de l’art conceptuel.  

Ainsi contrairement aux expositions que je qualifierais d’expo tubes, « Libres Figurations » n’est pas un boulevard des hits de l’art des années 80 agrémenté de discours critiques a posteriori. Les productions stars d’Hervé Di Rosa à Jean-Michel Basquiat, de Robert Combas à Keith Haring y sont présentées, mais autant que possible en consultant les artistes - encore vivants -sur le choix des œuvres, et en nous replongeant dans leur énergie. Leur propre ressenti de l’époque.

Car au fond il y a là dans cet élan du dégel, la volonté d’accompagner une transformation sociale qui peut nous être utile. Comme le dit le galeriste new-yorkais Tony Shafrazi qui a exposé Basquiat et Haring mais aussi Di Rosa et Les Ripoulins (première bande de Pierre Huygue) : « le futur de la société et celui du monde peuvent provenir de la peinture et de l’art. »

En réalité, comme d’autres mouvement radicaux qui ont secoué l’art depuis la deuxième moitié du XXème siècle, la libre Figuration n’a pas eu d’impact sur la société, elle reste de l’art. Mais avec une volonté farouche d’être connectée au peuple. Keith Haring parlait du "besoin d’art", et critiquait les artistes contemporains qui ont ignoré le public, produisant pour quelques-uns seulement tout en ignorant la masse. « L’art est pour tous » écrivait-il dans son journal.

De la Figuration libre il reste un mouvement qui n'aura pas changé la vie mais qui autorise à l’art, à en voir et à en faire. Et c’est de cette énergie-là dont il faut se nourrir.

- "Libres figurations - Années 80" jusqu'au 2 avril 2018 au Fonds Hélène & Edouard Leclerc (Landerneau).

- À voir : Les catalogues des expositions "Les Combas de Lambert" à la Collection Lambert (Paris), "Tout est art ?" Ben au musée Maillol (Paris), "Plus jamais seul, Hervé Di Rosa et les arts modestes" à La Maison Rouge (Paris).

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