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La chanteuse iranienne Googoosh, dont le vrai nom est Faegheh Atashin, pendant un concert le 12 septembre 2010.

Iran, quels sont les signaux culturels de la contestation ?

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Quelle bande-son dans les manifestations? Quels symboles pour ce que l'avocate iranienne et prix Nobel de la paix Shirin Ebadi décrit comme "le début d'un grand mouvement"? Difficile et périlleux de le dire.

La chanteuse iranienne Googoosh, dont le vrai nom est Faegheh Atashin, pendant un concert le 12 septembre 2010.
La chanteuse iranienne Googoosh, dont le vrai nom est Faegheh Atashin, pendant un concert le 12 septembre 2010. Crédits : SAFIN HAMED - AFP

On l’a vu, la recherche de symboles diffusables et partageables est si grande depuis le début de ce nouvel an contestataire iranien, que la photo dite « iconique » du mouvement, s’est avérée erronée. Elle n’était pas issue des manifestations qui soulèvent le pays depuis jeudi. Cette jeune femme tenant son voile au bout d’un pique participait en réalité aux actions « mercredi blanc » pour protester contre les obligations vestimentaires imposées aux femmes, et ce avant les manifestations. Du reste elle avait été arrêtée ainsi que le groupe de jeunes qui la soutenait.   

La confusion en dit long à la fois sur l’approximation des informations qui nous parviennent, la manipulation des « fake news » avec des sites proches de l’extrême-droite américaine comme Breitbart, qui ont tout particulièrement utilisé cette image, mais aussi le désir d’incarnation de la conversation mondiale qui réclame une image forte. Un cliché pour tout ramasser.   

Or ce sont bien les frustrations économiques qui conduisent les iraniens dans la rue. On ne peut pas tout amalgamer. Reste cette image de bravade d’une jeune femme qui porte son voile au bout d’une pique se regarde ou plutôt s’écoute peut-être aussi comme un signal.  Si il y a bien eue une forme de tolérance du régime face à ces chanteuses iraniennes qui ont tombé le voile dans leurs clips depuis quelques années. Une prise de risque graduelle, qui a conduit une nouvelle génération de chanteuses qui se cachaient à s’afficher progressivement sans hijab mais la liberté concédée par les autorités pour ne pas provoquer des troubles sociaux ne suffit plus. On met le voile au bout de la pique.   

En venir à dénoncer frontalement la corruption du pays dans un film qui ne joue pas sur les métaphores habituelles pour amadouer la censure, mais qui charge ouvertement comme l’a fait le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof aujourd’hui accusé de « propagande contre le régime » n’était-ce pas aussi un signal ? Un envie de coup de pied décisif ? Un ras le bol courageux quoi qu’il en coûte.  Ainsi, si bande-son il y avait de ce mouvement, serait davantage de diffuser "bravachement" et ouvertement dans les rues les disques toujours interdits de la période pré-révolutionnaire. Ces trésors pop et psychédéliques qui précèdent la révolution islamique, sous le règne du Shah de 1967 à 1978, et qui ne sont trouvables que sous le manteau ou écoutables sur le net via des serveurs VPN. Telle la chanteuse, Googoosh et sa reprise du respect d’Aretha Franklin : 

Un truc à heurter la chasteté, à promouvoir la décadence et donc passible d’une peine de prison. Ne plus flirter avec l’interdit en finir avec l’interdit. Ne plus s’arranger avec la corruption mais en finir avec elle. C’est peut-être sur cet horizon commun que se dessine le mouvement.

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