LE DIRECT
Détail de la couverture de "Dans la combi de Thomas Pesquet"

Thomas Pesquet un blockbuster à lui tout seul?

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment le spationaute français est devenu un super-héros.

Détail de la couverture de "Dans la combi de Thomas Pesquet"
Détail de la couverture de "Dans la combi de Thomas Pesquet" Crédits : © Marion Montaigne/Dargaud

Thor le dieu de la foudre et son marteau peut aller se rhabiller, même si le troisième volet de la franchise « Thor : Ragnarok » est un succès, le vrai super-héros c’est Thomas Pesquet, un blockbuster à lui tout seul.

Plus de cinq mois après son retour de la mission scientifique Proxima à bord de la Station spatiale internationale, Thomas Pesquet est partout : deux livres de ses photos « Voyage au-dessus de la terre » pour les Restos du Cœur, et « 100 photos pour la liberté de la presse » avec Reporters Sans Frontières, un coffret DVD regroupant les films « Thomas Pesquet, l’étoffe d’un héros » et « Thomas Pesquet l’envoyé spatial », une BD « Dans la combi de Thomas Pesquet » signée Marion Montaigne, et bientôt le film immersif « Dans les yeux de Thomas Pesquet » projeté au Futuroscope de Poitiers. 

Comme le titrait Ouest France « La nouvelle attraction c’est lui ! ». Dimanche soir sur France 2 chez Laurent Delahousse et face à Julien Doré, pardonnez-moi l’expression, mais il y avait quelque chose de lunaire…

Oui Thomas Pesquet est un super-héros, un Buzz l'Éclair ceinture noire de judo, qui parle cinq ou six langues et joue du saxo ! À 38 ans, il est le plus jeune spationaute européen, et le français resté le plus longtemps dans l’espace de manière continue : 196 jours autour de la Terre. Mais cela ne suffit pas à expliquer comment il s’est transformé à la fois en icône pop et en mythe vivant. À titre de comparaison, peu de gens se souviennent de Léopold Eyharts, le dernier français envoyé en 2008 à bord de l’ISS, la Station spatiale internationale. 

Pour moi cette Pesquet-mania s’explique par une sorte d’alignement des planètes. 

D’abord c’est le premier spationaute 2.0, maîtrisant les réseaux sociaux et leur langage. Un community manager en apesanteur : tweets, photos, vidéos, loleries (type « et non, ceci n’est pas un fusil laser mais notre PGT... ou visseuse-dévisseuse spatiale »), playlists de qualité sur Deezer, et même un clip à distance avec le musicien Yuksek.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ensuite, icône pop il le devient aussi parce qu’il est pétri de cette culture. Comme on le voit dans la BD de Marion Montaigne, enfant c’est Michael Jordan son prophète, qui lui souffle alors qu’il le regarde un jour à la télévision « le matin tu as deux choix soit tu te recouches pour continuer à rêver, soit tu te lèves et tu réalises tes rêves ». Et quand il aperçoit la Station spatiale internationale s’approcher pour la première fois à bord de Soyouz, c’est à Star Wars qu’il pense immédiatement ! Thomas Pesquet, un geek au carré.

Enfin Thomas Pesquet est un concentré mythologique. On y projette les mythologies récentes du cinéma de « Gravity » à « Seul sur Mars » en passant par « Interstellar », mais aussi plus anciennes, la figure de l’explorateur, l’Ulysse qui a fait beau voyage, et même l’Orphée revenu des enfers. Cet au-delà mortel de l’espace, dont il rentre miraculé. 

Mais l’effet Blockbuster de Thomas Pesquet n’est pas simplement une histoire d’image, livrée à une époque iconophage, en disette de héros positifs. Au fond il a très bien compris que le spectacle fait partie du job. Même si le grand public préfère le voir jouer du saxo en apesanteur plutôt que de comprendre les enjeux scientifiques de sa mission, il s’en fait le meilleur porte-parole, au nom du bien commun. Pas seulement pour le voyage sur Mars, mais pour la vie ici-bas (la médecine au niveau squelettique et musculaire, l’étude bactériologique, ou encore la mécanique des fluides et les nouvelles propriétés des matériaux).

Enfin cet ambassadeur de l'Unicef pour le changement climatique et l'accès à l'eau potable depuis novembre 2016, qui a emporté les accords de la COP21 avec lui dans l’espace, et qui s’est vu proposer la tête de la Fondation Hulot, compte bien profiter de ce "temps iconique" pour faire passer son message.

Depuis l'espace "On voit la pollution des embouchures de fleuves, on voit la fonte de glaciers en Amérique du Sud, la pollution atmosphérique de certaines villes qui sont impossibles à photographier, j'ai voulu en témoigner pour dire regardez, c'est pas juste une théorie, c'est pas juste des chiffres, c'est pas des choses qu'on vous raconte, moi j'y étais, je l'ai vu, je vous le dis, faites moi confiance" déclare-t-il.

C’est ainsi que l’icône Pesquet est devenu Saint Thomas, nous enjoignant tout simplement à croire ce qu’il voit.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......