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"Vaiana" de Disney dont l'un des costumes a été retiré

Halloween et l'appropriation culturelle

4 min
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Gare aux costumes oppressifs... A l’heure des réseaux sociaux et de l’importation dans la vie culturelle des tensions qui agitent les campus.

"Vaiana" de Disney dont l'un des costumes a été retiré
"Vaiana" de Disney dont l'un des costumes a été retiré Crédits : Disney

L’appropriation culturelle qu’est-ce que c’est ? Un concept universitaire originaire des États-Unis selon lequel l'adoption ou l'utilisation d'éléments d'une culture, par les membres d'une culture "dominante", serait irrespectueuse et constituerait une forme d'oppression et de spoliation. Il va de pair avec le concept de «micro-agression» qui désigne toutes les formes de racisme inconscient et banalisé.

Coiffe d’indien, tenue de Geisha ou déguisement mal maîtrisé de Vaiana depuis quelques années aux Etats-Unis et au Canada, Halloween est un moment où se cristallisent les tensions en matière d’appropriation culturelle.

Vaiana, le wax, le blues et les sombreros

Prenons l’exemple de Vaiana, le dessin animé Disney dont l’histoire se situe en Polynésie et raconte le combat de l’héroïne pour amener son peuple à découvrir l’Océan. Un costume Vaiana peut être considéré comme oppressif s'il implique par exemple de se brunir artificiellement la peau. On se retrouverait là dans un cas de « blackface » qui renvoie à la tradition raciste des blancs qui se griment en noirs. D’ailleurs, le déguisement de Maui - le dieu représenté dans Vaiana - a été retiré des ventes avec sa combinaison intégrale imitation peau brune et faux tatouages.

Pris par le petit bout de la lorgnette ou du tissu, on aura beau jeu de se moquer de ces dérives précautionneuses, mais le fait est qu’au-delà des costumes, la question de l’appropriation culturelle revient sans cesse. D’une polémique sur la chanteuse américano-barbadienne Rihanna transformée en Nerfetiti en une du Vogue Arabia, à l’utilisation de l’imprimé Wax africain par la créatrice Stella Mac Cartney lors de son dernier défilé londonien. Tout y passe.

Il y a 50 ans déjà c’était l’appropriation du blues et du rock par les blancs que dénonçait le musicien Muddy Waters ou l’écrivain Norman Mailer. Sur l’album Black on Both Sides en 1999 le rappeur Mos Def le formulait ainsi « Tu me voles mes fringues et dit que ce sont les tiennes/ tu kiffes les Rolling Stones mais tout ce qu’ils ont fait ils l’ont volé ». Comme le posait un article de Libération : sommes-nous "tous coupables d'appropriation culturelle?"

Bien sûr la perméabilité des cultures est ancestrale et nécessaire à leur renouvellement mais l’appropriation culturelle soulève des questions qui ne se balaient pas d’un revers de la main. L’utilisation d’un attribut culturel par un « dominant » qui le vide de sa valeur politique par exemple, ou sa commercialisation par le même dominant sans que les cultures originelles en soient bénéficiaires. Exemple : le motif indien navajo version made in china vendu par les grandes enseignes occidentales, et perçu comme une spoliation des cultures natives.

Le Conseil des arts du Canada a d’ailleurs fait savoir en septembre que - je cite : « Les artistes et les organismes qui soumettront au Conseil une demande de subvention pour des projets qui abordent, traitent, intègrent, commentent, interprètent ou mettent en scène des éléments distinctifs de la culture des Premières Nations, des Inuits ou des Métis, devront démontrer qu’ils font preuve de respect et de considération véritable à l’égard des arts et de la culture autochtones lors de leur démarche ».

Climat procédurier et malaise réel

Ce qui se joue en réalité c’est une grande confusion liée aux réseaux sociaux et à l’importation dans la vie quotidienne et culturelle des tensions qui agitent les campus. Les administrations y étant régulièrement saisies pour telle ou telle dérive d’appropriation ou de micro-agression jusqu’au port irrespectueux du sombrero par deux étudiantes dans une fête à l'université Claremont McKenna en Californie… Un climat procédurier qu’on va retrouver ensuite dans la sphère culturelle. Exemple cette fois avec les procès en légitimité à tout va : Spike Lee peut-il tourner un film sur les violences à Chicago alors qu’il vient de Brooklyn ? Kathryn Bigelow en tant que blanche a-t-elle le droit de s’emparer des émeutes raciales de Détroit ?

Alors oui, on se retrouve dans un vortex où tout se mêle, revendications légitimes et crispations ridicules, mais on met aussi le doigt sur un malaise (dans la civilisation). Reste à savoir ce que nous en faisons. Pourquoi ce qui pose question se retrouverait dans l’obligation d’être tranché et résolu, là où il faudrait débattre, évaluer, hiérarchiser, se parler ? Pourquoi laisser les discussions se faire à travers un système de tribunes interposées ? Ou via une mécanique d’indignation en ligne, à coup de posts bileux et d’émoticônes rouge colère ?

Pour conclure, mon memo pour Halloween est le suivant : ton costume raciste, ou même sexiste ou transphobe, m’oppresse, parlons-en !

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