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Photo prise à Rouen d'une page du manuscrit du roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary.

La correspondance de Flaubert en accès libre !

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À retrouver dans l'émission

#big data littéraire. Des chercheurs de l’université de Rouen viennent de mettre à disposition 4 450 lettres (dont 120 inédites) de Flaubert.

Photo prise à Rouen d'une page du manuscrit du roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary.
Photo prise à Rouen d'une page du manuscrit du roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary. Crédits : ROBERT FRANCOIS - AFP

Si la langue française ne devait pas en souffrir je serais tentée de parler de « Flaubert leak » à propos de cet incroyable événement. Ces 4 450 lettres mises en ligne nous livrent  « un Flaubert à l’état brut, à l’état vivant » analyse Yvan Leclerc, l’un des instigateur du projet, et spécialiste de l’auteur de Madame Bovary à la l'Université de Rouen.

Quelques semaines après la publication chez Gallimard de la correspondance transie d’amour entre Albert Camus et Maria Casares, c’est à nouveau un grand écrivain que l’on redécouvre dans sa chaire, ses élans, et ses manques, partie immergée de l’œuvre maîtrisée qui nous est parvenue jusqu’ici. 

Mais si les douze années d’échanges Camus/Casares offrent le véritable roman d’un amour « sacré » pour reprendre les mots de Camus, un amour de « trapézistes » pour reprendre ceux de Casares (« toujours là-haut, toujours tendus, accrochés l’un à l’autre, tenus par l’autre, et en bas, le gouffre »), cette publication massive de la correspondance de Flaubert procède d’une toute autre démarche.

Ce travail de moines copistes, qui a mobilisé une trentaine de chercheurs pendant 5 ans, met à disposition ces lettres comme un ensemble de données brutes en accès libre et gratuit. Elles sont d’ailleurs toutes scannées afin de voir courir les mots calligraphiés sous la main de l’auteur. Ensuite c’est à celui qui fait ses recherches bien sûr, ou au lecteur de passage, de profiter de cette matière pour se construire son roman.

En partant des destinataires des lettres par exemple : 272 au total. Guy de Maupassant que Flaubert appelle « son lubrique auteur, son obscène jeune homme » en signant « votre vieux qui vous embrasse », mais aussi George Sand, son ami l'écrivain Louis Bouilhet, Victor Hugo, ou la sœur de Flaubert, Caroline qu’il appelle « mon bon rat ». Une première porte d’entrée par ordre alphabétique pour trouver des éléments sur le long processus de création d’un auteur qui travaillait chaque virgule, des illustrations sa drôlerie, mais aussi des informations sur la société du XIXème siècle. Tout est là disponible et offert à la ballade.

On pourra si l’on veut se concentrer sur les 281 lettres envoyées par Flaubert à son amante Louise Collet, signé "GVE" pour Gustave. « Si tu étais là je te mordrais » ou « adieu, je te baise sous la plante des pieds » écrit Flaubert à Louise Collet, dont il conserve les pantoufles, et les mèches de cheveux, pour les toucher le soir venu, tout comme ses lettres. 

Il est l’éternel fautif, et elle est l’éternel enfant, chagriné par son absence. Un tout autre roman que les lettres Camus/Casares !

Enfin dans cette immense mise à disposition de la correspondance flaubertienne on pourra partir des lieux de rédaction des missives. La maison du Croisset près de Rouen et les séjours à Paris concentrant l’essentiel des envois, mais l’on peut décider de voyager en suivant les écrits de Flaubert depuis Beyrouth, Damas, Constantinople ou Alexandrie, ce célèbre voyage en Orient et en Égypte qu'il entreprend avec son ami Maxime Du Camp, et en rentrant duquel il écrira Madame Bovary . Ou bien encore entrer par la chronologie. 

Le site des correspondances de Flaubert c’est ainsi l’expérience de la sérendipité appliquée à un grand auteur. Comme ces trouvailles au hasard des méandres du web, la circulation sur le site défie nos attentes, pour nous entraîner là où ne serions jamais allé sur le réseau flaubertien. 

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