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Les actrices d'Hollywood vêtues de noir en soutien aux victimes de violences sexuelles, à la cérémonie des Golden Globes

Hollywood maître de l'agenda féministe?

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Trois mois après l'affaire Weinstein, c'est sur le tapis rouge que s'organise la lutte contre les violences sexistes.

Les actrices d'Hollywood vêtues de noir en soutien aux victimes de violences sexuelles, à la cérémonie des Golden Globes
Les actrices d'Hollywood vêtues de noir en soutien aux victimes de violences sexuelles, à la cérémonie des Golden Globes Crédits : FRAZER HARRISON, VALERIE MACON, FREDERICK M. BROWN - AFP

« Bonsoir Mesdames et ce qu’il reste de vous messieurs, nous sommes en 2018, la marijuana est enfin autorisée, et le harcèlement sexuel enfin ne l’est plus, ça va être une bonne année » : c’est ainsi que Seth Meyers l’hôte des 75ème Golden Globes a ouvert la cérémonie.

Nous savions déjà que le hashtag #MeToo et la vague de libération de paroles des femmes sur les violence sexistes avaient passé le cap de l’année 2018 à Hollywood avec l’initiative « time’s up » portée par 300 actrices, metteuses en scène et autres personnalités qui ont lancé une plateforme pour lutter contre le harcèlement sexuel. Mais voilà, la première réunion « tapis rouge » du cinéma américain se tenait donc à Beverly Hills, trois mois après l’éclatement des révélations sur le producteur Harvey Weinstein aujourd’hui accusé par 100 femmes de harcèlement, agressions sexuelles ou viols. L’enjeu : montrer que la brèche ne s’était pas refermée, que l’élan ne s’était pas brisé. 

Montrer oui, car tout était affaire de signes dans une cérémonie qui avait presque des airs de meeting. Tenue noire exigée en soutien aux victimes et en guise de ralliement affiché à la cause. C’est-à-dire contre le harcèlement mais aussi pour l’égalité. Au point que la présidente de l’association qui organise les Golden Globes et présidente du jury Meher Tatna a dû justifier sa robe rouge vif. Née à Bombay elle a précisé « c’est truc culturel, quand on fait la fête, on ne porte pas de noir ». Mais je vous rassure elle arborait bien un pin’s « time’s up ». 

Les signaux n’étaient pas que vestimentaires, puisque les discours et le palmarès eux-mêmes reflétaient un appel au changement. Les traditionnels remerciements se muant en tribunes. Que ce soit pour la meilleure mini série « Big Little Lies » et l’une de ses interprètes Nicole Kidman qui y incarne une femme victime de violences conjugales. Ou pour la meilleure série dramatique « La servante écarlate » et son héroïne Elizabeth Moss. Adaptée du roman dystopique de Margaret Atwood dépeignant une monde où les femmes sont réduites au rôle d’esclaves et de pondeuses. « La servante écarlate » est devenue un emblème du combat féministe aux Etats-Unis.

Le long métrage le plus récompensé  « 3 Billboards - les panneaux de la vengeance » évoque le combat d’une mère pour élucider le meurtre de sa fille, face à une enquête qui piétine, prix du meilleur film dramatique et de la meilleure actrice dramatique, il a donné l’occasion à cette dernière, Frances McDormand, de déclarer « je suis heureuse participer à ce mouvement de basculement tectonique de la structure de pouvoir de notre industrie ».

Même les remettants s’y sont mis : Nathalie Portman annonçant la liste des nominés « hommes » pour le prix de la meilleure réalisation, soulignant qu’aucune femme n’était en lice. Jessica Chastain précisant que le prix de la meilleure actrice serait accompagné d’une compensation salariale proportionnelle aux écarts en vigueur entre hommes et femmes dans la profession. Peu importe si certaines vannes ont été écrites par des auteurs, le vent d’affranchissement de la parole était bien là. 

Et bien sûr, pour ne pas faire dans l’entre soi, huit actrices étaient accompagnées d’un « plus un » associatif. Huit représentantes de celles qui défendent les droits des femmes dans la société civile, hors Hollywood. Exemples : Meryl Streep avec Ai-jen Poo qui a fondé un syndicat pour les travailleuses domestiques aux Etats-Unis, Michelle Williams, avec Tarana Burke, la militante afro-américaine qui a créé le mouvement #MeToo il y a dix ans.

Mais la grande oratrice du meeting des Golden Globes, c’était bien Oprah Winfrey, productrice et présentatrice noire américaine, une des femmes les plus influentes du pays. À l’occasion du prix Cecil B. DeMille pour l’ensemble de sa carrière, elle a rappelé le sort de Recy Taylor, une femme noire enlevée et violée par six hommes blancs armés en 1954, défendue dans la presse par Rosa Parks, et morte il y a une dizaine de jours sans que ses agresseurs ne soient jamais condamnés. 

« Recy Taylor a vécu comme nous tous trop longtemps dans une culture brisée par la brutalité des hommes puissants, et  depuis trop longtemps, les femmes n’ont pas été entendues ou crues si elles osaient dire la vérité face au pouvoir de ces hommes. Mais c’est fini pour eux !» dit Oprah Winfrey. "Their time is up." La salle est debout, pour une partie en larmes. 

Mais au fond, même avec une cérémonie qui s’est montrée galvanisée et à hauteur des enjeux, le speech d’Oprah Winfrey nous rappelle aussi que, comme dans la lutte pour les droits civiques, la société doit elle aussi porter le combat. Et ce serait dommage d’attendre les SAG Awards le 21 janvier prochain où seules les femmes remettront des récompenses paraît-il, ou encore je ne sais quel dispositif aux Oscars le 4 mars pour l’imposer dans l’agenda. Hollywood ne peut pas donner seul le tempo du « basculement tectonique » pour reprendre une des paroles prononcées, ou pire donner seul l’impression d’un basculement.

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