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Affiche du film "Maria by Callas" de Tom Volf

La Callas a-t-elle sacrifiée Maria?

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À retrouver dans l'émission

Un film documentaire, trois livres et une exposition révèlent la tension entre ces deux facettes de la "Voix du siècle".

Affiche du film "Maria by Callas" de Tom Volf
Affiche du film "Maria by Callas" de Tom Volf Crédits : Haut et Court

À L’Express en 1970, celle qu’on a appelée la « Voix du siècle »  déclarait « il y a deux choses liées mais distinctes : Maria et la Callas ». Quelle rapport entretenait la femme avec sa créature de chant ?   

Ces questions, on est à même de se les poser grâce à un  garçon de 31 ans, Tom Volf, qui a rassemblé pendant quatre ans d’enquête, des archives perdues ou oubliées de La Callas. Lettres, photos, films en  super-8, enregistrements sur bande, entretiens télévisés ou papier, une récolte qui s’est faite au fil des rencontres avec les proches de la cantatrice née américaine de parents immigrés grecques. Trois livres, une exposition et aujourd’hui un film « Maria by Callas » rendent compte de manière inédite de ce qu’il y a là, dans les tensions entre ces deux facettes Maria et la Callas, 40 ans après sa disparition. 

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C’est  par la voix de la Callas elle-même que se pose cette question du  rapport à Maria. C’est elle qui nous met sur la piste du mystère.  Pourquoi le percer me direz-vous ? Pourquoi ne pas se contenter de ressentir en l’écoutant, ce frisson qui vous parcourt jusqu’aux larmes ?   

Documentaires ou biopic, rares sont les œuvres qui parviennent à  dépasser cette limite définie par le compositeur Ernest Hoffman « la musique est une chose trop grande pour qu’on en parle ». En vérité il ne s’agit pas de parler de la musique de la Callas mais de laisser parler sa musique. Ainsi tout le film de Tom Volf est à la première personne. Une interview fil rouge, une mosaïque d’archives, des lettres qu’elle a écrites lues par Fanny Ardant, et puis le chant : des airs entiers, plus de 5 minutes juste à l’écouter se raconter. Oui en interprétant sa Violetta de Verdi, sa Norma de Bellini, la Callas nous parle d’elle. « J’ai écrit des Mémoires, ils sont contenus dans la  musique que j’interprète, la seule langue que je possède véritablement ». Écoutons. 

Enveloppée de rouge, les bras croisés sur la poitrine, Norma la pacifiste deviendra l’infanticide. Et le souffle de La Callas s’arrête au bord de la falaise comme si elle allait mourir. Maria a tué son rêve de femme avec famille et enfants pour la Callas, forcée de suivre un destin imposé par sa mère qui l’oblige à chanter, puis par son mari manager. C’est ainsi qu’elle présente les choses. Et au fond c’est la rencontre avec Aristote Onassis qui autorise Maria à enfin exister sans la Callas. Mais la vie aura décidé de toute façon d’en faire l’héroïne d’un opéra tragique. Qu’elle interrompe une représentation après le premier Acte à cause d’une bronchite qui aurait "insulté les actes suivants" comme elle l’écrit, on la prend pour une orageuse tigresse. Qu’elle quitte son mari, qu’elle soit quitté par Onassis, la presse fera payer à Maria  l’insolent succès de la Callas. Elle se sent comme la Violetta de La Traviata : « ainsi à la misérable qui un jour est tombée, tout  espoir de renaître est perdu à jamais ». 

Ce qu’on comprend du mystère de la Callas 40 ans après sa mort, c’est que c’est bien Maria la travailleuse, qui vit pour son art, qui tire les ficelles. Il n’y a pas de caprices, il n’y a que des exigences, l’envie intime de porter ces récits lyriques hors des représentations figées et poussiéreuses. Maria est l’artiste. Corps et âme pour donner vie à sa créature. Et Pasolini qui lui offre le rôle de Médée dans le seul film qu’elle accepte, l’a bien compris. Maria vit pour le travail, et après il y a la vie.

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S’il ne suffisait pas à Maria d’avoir Aristote pour oublier la Callas, comme elle l’a cru un temps, si cette œuvre chantée était son vrai culte, elle ne peut vivre sans Aristote et s’éteint d’une crise cardiaque deux ans après la mort de son amour. La Callas, elle, leur aura survécu.

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