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Les colonnes de Daniel Buren, les Deux Plateaux, devant le Ministère de la Culture et de la Communication, Palais-Royal, Paris.

Réforme du spectacle vivant : un problème de distribution des rôles ?

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Parmi les pistes de réforme du Ministère de la culture révélées par Le Monde, certaines concernent le spectacle vivant. À quelle pièce sommes-nous en train d’assister ?

Les colonnes de Daniel Buren, les Deux Plateaux, devant le Ministère de la Culture et de la Communication, Palais-Royal, Paris.
Les colonnes de Daniel Buren, les Deux Plateaux, devant le Ministère de la Culture et de la Communication, Palais-Royal, Paris. Crédits : Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho - Getty

Imaginons un instant que nous soyons au théâtre, la séquence des révélations du journal Le Monde concernant les pistes de travail du ministère de la culture, pose d’emblée un problème de distribution des rôles.

Nous avons donc une ministre François Nyssen qui porte plainte contre X après la publication de documents «internes» «non validés». Et si son entourage assure ne pas viser Le Monde, ce sont alors les sources qui sont ciblées comme l’ a souligné le directeur de la rédaction Luc Bronner. Dans le jeu démocratique c’est pourtant le rôle des journalistes d’enquêter, et celui des institutions de se porter garantes de la liberté de la presse et du secret des sources. La ministre se trompe de partition.

Deuxième problème, dans cette scène il manque des personnages. Prenons les pages qui concerne le spectacle vivant. On a donc des experts et une équipe ministérielle qui travaillent sur un ensemble de diagnostics et de propositions. Mais même à ce niveau de la dramaturgie des réformes, et même si le début la pièce a été précipité par les révélations du Monde, il aurait sans doute fallu donner la parole aux acteurs principaux. 

C’est ce qu’a fait savoir le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), le plus puissant syndicat du spectacle vivant, en s’invitant dans le dialogue. Telle est sa réplique : « vouloir changer sans l’appui des gens concernés est voué à l’échec. Il n’y a pas de transformation réelle sans transparence ni confiance ». Ça commence mal.
 

En soulignant les couacs de distribution dans le démarrage de notre pièce médiatico-culturelle j’évoquais la méthode, mais c’est un problème qui se pose également au niveau des propositions du ministère.

Je ne parle pas du constat des experts, une tirade qui a sa place. Et pour continuer sur le volet du spectacle vivant, je vous en donnerai quelques passages afin que mesuriez les enjeux de cette pièce dont le titre pourrait être « on ne badine pas avec la réforme ». 

Que nous dit cette tirade des experts ? Qu’on donne trop d’argent pour le fonctionnement des lieux subventionnés et pas assez pour la création elle-même. Et que même si le nombre de spectacles créés augmente, il y a trop peu de représentations. En somme, on lance successivement la création d’un tel ou un tel pour seulement quelques dates. Ce qui, si je traduis, aurait l’effet pervers de multiplier les événements pour une petite minorité d’initiés, sans avoir le temps d’atteindre un plus large public. Enfin les contraintes qui pèsent sur la programmation des salles de spectacles subventionnées seraient trop lourdes.

C’est là que se pose à nouveau la question de la répartition des rôles. Ce projet prétend « mieux adapter l’offre de spectacles aux attentes du public et des collectivités » mais qui va décider ? Les collectivités qui financent aux deux tiers les spectacles doivent-elles être plus impliquées, comme le sous-entend le document du ministère de la Culture ? Et si oui, de quelle manière? 

Dans la pièce qui se joue la distribution est capitale, et le rapport au public tient le premier rôle. Au terme de cette première scène une question me taraude, pourra-t-on continuer à proposer au public des œuvres dont il ne sait pas encore qu’il va les aimer ?

On termine avec un film qui pose lui la question du langage…

Entre les tours d’une banlieue, l’histoire d’amour entre une jeune fille bègue et un garçon qui ne sait pas lire, c’est « M » le premier long métrage en tant que réalisatrice de Sara Forestier. De la promotion du film on aura retenu le débat sur l’injonction des femmes à être sexy… Et du synopsis un espace propice au mélodrame. 

Quand on voit le film, c’est autre chose : la prison des souffrances intérieures, les obstacles à franchir quand on ne maîtrise pas le langage. Un thème qui résonne avec « l’Esquive » d’Abdellatif Kechiche mais dans une capture sauvage qui propose un autre langage justement.

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