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Catherine Frot et Christian Clavier dans le film "Momo"

Comment les comédies sont devenues les blockbusters français ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Un genre hégémonique, standardisé et obsédé par la machine à billets.

Catherine Frot et Christian Clavier dans le film "Momo"
Catherine Frot et Christian Clavier dans le film "Momo" Crédits : Copyright Mars Films - Allocine

Si Hollywood a ses films de super-héros, en France nos blockbusters ce sont les comédies populaires. Et sauf quelques exceptions, elles souffrent du même mal : production en série et standardisation pour faire tourner la machine à billets.

On se souvient de Steven Spielberg et Georges Lucas qui avaient prédit en 2013 l’implosion de l’industrie du cinéma américain asphyxiée par les blockbusters à la chaîne. Difficile de parler de nez creux pour l’instant, au vu des chiffres astronomiques du dernier Star Wars au box office. Le film a déçu ? Qu’importe. La franchise continue de rapporter et Star Wars IX est déjà en route. On connaît même son titre de travail « Black Diamond », et nous voilà repartis pour un interminable teasing

En France c’est la comédie qui rapporte, et la fabrique s’est emballée. Un genre hégémonique avec 88 films cette année, et pas moins de trois avec Christian Clavier. Pour cause, il est en général signe de recettes, plus de 10 millions d’entrées pour « Les Bronzés 3 », plus de 12 millions pour « Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ? ». L’équation s’est vite imposée "Clavier égale tu vas faire des entrées". Ce qui ne se vérifie pas toujours.

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En 2017 nous avions donc, par ordre d'apparition :

- « Si j’étais un homme » une femme se réveille avec pénis, Clavier joue au docteur, et c’est un flop.

- « À bras ouverts » la caricature d’un intellectuel de gauche qui accueille des roms tout aussi caricaturaux. La presse parle alors d’une France désuète, nauséabonde, aigre et imbécile, le film dépasse tout de même le million d’entrées.

- Enfin « Momo » le petit dernier qui sortira la semaine prochaine, où le principe de rire méchamment des clichés sous couvert d’élans libérateurs se retrouve à nouveau mis en application. Cette fois ce ne sont pas les roms ou les trans, mais les handicapés. Un sourd et une aveugle. 

Un tiercé filmique qui incarne la quintessence des dérives de la comédie made in France. 

Le formatage des rôles, les pitchs qui ne tiennent pas plus de  dix minutes, les stéréotypes sociaux et genrés à n’en plus finir, les mises en scènes bourrines, et une espèce d’obsession individualiste, c’est tout le mal taylorisé que l’on observe dans ces usines à rire. 

Alors en cette fin d’année et avant même de passer à table pour les fêtes de Noël c’est l'écœurement, l’overdose. Rarement un genre qui requiert autant de travail et de finesse aura été aussi malmené, englué dans la bêtise et la paresse. Ce sentiment de saturation se généralise et quelque chose ne passe plus.

Cette année pour la première fois on aura même vu un journal, 20 Minutes en l’occurrence, faire sa une pour qualifier de « film abominable » le "Gangsterdam" de Kev Adams. Sorti avant la vague de libération de la parole sur les violences sexistes, "Gangsterdam" avait déjà soulevé l’indignation avec des répliques du type « on s’est mal compris, moi je parlais du viol cool, pas le triste où ça chiale, ça crie, ça porte plainte ».

Pourtant les initiatives se multiplient pour renouveler le genre de la comédie populaire, comme le zadiste « Problemos » d’Eric Judor par exemple. Mais le rouleau compresseur est trop fort. Ainsi « Épouse-moi mon pote » et ses fixettes bébêtes sur les homosexuels aura fait près de 2 millions et demi d’entrées. Le deuxième plus gros succès français de l’année.

À ceux qui défendent une politique de l’offre, et des propositions qui découlent soit disant du « goût du public », il faut rétorquer qu’une comédie bien plus fine comme « Le sens de la fête » d’Eric Toledano et Olivier Nakache est à ce jour la plus vue cette année (près de 3 millions d’entrées). Et le "Santa & Cie" d’Alain Chabat part sur une belle lancée. 

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C'est respecter le public que de lui proposer des films qui en sont vraiment. Comme le montre ces deux "exceptions" malheureusement. Répliques cultes, mises en scène soignées, direction d’acteur au cordeau, récits qui ne se vautrent pas dans le racisme et la veulerie, une autre comédie française est possible, il suffit de faire le pari de la qualité et l’intelligence.  

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