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 Carrie Coon, Meryl Streep, Tom Hanks entre autres dans "Pentagon Papers" de Steven Spielberg

"Pentagon Papers" la réponse de Spielberg aux fake newz ?

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Un film d'urgence tout droit sorti des rotatives pour défendre la liberté de la presse. Les « Pentagon Papers » auraient pu s’appeler « Time's Up » pour marquer en 1971 comme aujourd’hui ce moment où tout peut changer.

 Carrie Coon, Meryl Streep, Tom Hanks entre autres dans "Pentagon Papers" de Steven Spielberg
Carrie Coon, Meryl Streep, Tom Hanks entre autres dans "Pentagon Papers" de Steven Spielberg Crédits : Allo Ciné

Si le nouveau Spielberg se situe en 1971, année où le New York Times puis le Washington Post décident de publier un rapport accablant sur la guerre du Vietnam, il a l’urgence d’un film lui-même sorti des rotatives, pour alerter sur la crise actuelle de l’information.

Spielberg le dit, quand il a reçu le scénario de Pentagon Papers en février 2017, il était clair pour lui qu’il fallait réaliser ce film tout de suite. D’ailleurs en novembre le film était là. Dans un entretien au Monde, il revient sur cette urgence à défendre la liberté de la presse qui n’a jamais été aussi menacée à l’ère fake news où  « elle est sans cesse remise en question, et où les informations et les enquêtes sont relativisées ». 

Ce qui le frappe ce sont les analogies entre 1971 et aujourd'hui « les éléments d’une possible tragédie sont déjà là » dit-il. Ces élément quels sont-ils?

Les enjeux économiques qui pèsent sur le Washington Post tout juste entré en Bourse, et qui servent d’arguments à ceux du conseil d’administration qui veulent dissuader Katharine Graham (veuve du patron du Post et fille de son ancien propriétaire) de publier les documents du Pentagone.

Le rôle de lanceurs d’alerte avec la figure de Daniel Ellsberg qui décide de transmettre les 7000 pages confidentielles au New York Times puis au Washington Post

La question du pouvoir qui veut mettre l’information au pas, lorsque Nixon saisit un juge fédéral pour interdire au New York Times de poursuivre sa publication, laissant l’occasion au Washington Post de rattraper le train de l’Histoire si toute fois il assume le risque de braver l’interdiction. Tout résonne avec l’aujourd’hui. Censure économique, censure des lanceurs d’alerte, et censure politique désormais bien plus indirecte avec cet « écran de fumée » dont parle Spielberg, qui l’inquiète davantage que les attaques judiciaires dont la presse était autrefois victime.

Alors Spielberg nous replace presque 50 ans plus tard sur cette arête de l’Histoire où le 4ème pouvoir est né. Car la Cour suprême tranchera à 6 voix contre 3 pour « une liberté de la presse qui sert les gouvernés et pas les gouvernants ». Les « Pentagon Papers » auraient pu s’appeler « Times’ Up » pour marquer en 1971 comme aujourd’hui ce moment où le courage peut changer les choses. Pour la liberté d’informer contre le mensonge. Mais aussi pour le droit des femmes à faire entendre leur voix dans un univers masculin qui a engendré chez elles une illégitimité intériorisée. C’est ce qu’incarnent ensemble Tom Hanks et Meryl Streep dans les rôles du rédacteur en chef Ben Bradlee et de la directrice du journal Katherine Graham.

Si le film de Spielberg est comme sortie des rotatives ce n’est pas autant un film tract, et il parvient à transmettre ce courage en langage cinématographique. En mobilisant l’histoire du cinéma d’abord. Le cinéma journalistique au sens noble celui Samuel Fuller et de Frank Capra, avec des réminiscences des Hommes du président. Des références qui agissent en sous-texte et débarrassent Spielberg du poids dramatique pour se concentrer sur le rythme effréné de cette vérité qui court sur le machines à écrire. Cette vérité qu’on ne parviendra pas à stopper. "Arrête-moi si tu peux"...

En mobilisant l’histoire de son propre cinéma aussi. Les mouvements de caméra chers à Spielberg accompagnent le basculement décisionnel de Meryl Streep/Katherine Graham. Elle doit liquider son conflit de loyauté avec cet ami de la famille, Robert McNamara, commanditaire du rapport secret sur le Vietnam et ancien secrétaire à la défense de Kennedy et Johnson. Liquider le procès en incompétence qu’on lui fait et qu’elle se fait. Enfin risquer l’avenir de l’entreprise. Partout la caméra est là pour suivre ses hésitations au millimètre jusqu’au moment elle se tient suspendue à ces lèvres avant ce « let’s do this », faisons-le, qui changera l’histoire en 1971 et qui peut faire sursauter la nôtre.

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