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"Pour le réconfort" de Vincent Macaigne

La ruralité, un motif hyper moderne?

4 min
À retrouver dans l'émission

Sur les écrans et sur les cimaises le monde paysan fait son retour en grâce, mais que nous dit aujourd’hui notre rapport à la terre ?

"Pour le réconfort" de Vincent Macaigne
"Pour le réconfort" de Vincent Macaigne Crédits : Allo Ciné

Prenons « Pour le réconfort » premier long métrage de Vincent Macaigne. On y suit deux trentenaires Pascal et Pauline qui reviennent sur les terres de leurs parents près d’Orléans. Il retrouvent leurs amis d’enfance qui n’ont jamais quitté la campagne, à la veille d’une vente aux enchère de leur domaine, puisqu’ils n’ont pas payé les traites de cet héritage… Tout un symbole. Ainsi comme le dit la voix off « Pauline était revenue ici dans note beau pays de verdure et de culture ». Un pays qui lui est finalement étranger. Mais si le frère et la sœur voudraient se débarrasser de cet héritage avec nonchalance ils ne peuvent s’extraire du système dont ils héritent. Celui de la lutte des classes dont Vincent Macaigne montrent qu’elle n’a pas disparu.

Remuer la terre pour parler de toute la société

Dans cette fracture rurale se questionnent des persistances marxistes très actuelles. Avec les aristocrates que sont le frère et la soeur qui héritent et qui n’ont pas besoin de travailler, les prolétaires comme leurs amis Joséphine et Laurent qui se positionnent toujours en serviteurs, et les bourgeois qui gagnent tout à la sueur de leur front et comptent bien prendre leur revanche comme le personnage d'Emmanuel.

La force du film c’est qu’il n’est pas là pour voir rouge. Il nous confronte aux interrogations contemporaines et aux crises d’un monde en pleine bascule à travers des personnages tous attachants. Il provoque alors le débat intérieur et pas le clivage. C’est ce qu’on entend à nouveau dans cet échange :

Revenir au motif de la terre pour parler de la société entière comme Anton Tchekhov en son temps avec La Cerisaie créé en 1904 et dont Macaigne s’inspire. « Toute la Russie est notre cerisaie » disait l’un des personnages, et à propos des esclaves qui avait travaillé ces terres « ne sentez-vous pas dans chaque fruit de votre cerisaie, dans chaque feuille, dans chaque tronc, des créatures humaines qui vous regardent, n'entendez-vous donc pas leurs voix ? ».

Allô la terre?

Ces voix, il faut leur donner la parole sans misérabilisme. Macaigne le fait avec la grâce d’un film à 500 balles. Humble et extrêmement beau, un film qui a poussé comme une semence au gré de l’écriture, et des 10 jours de tournage avec une petite caméra numérique, sans scénario.

Une démarche qui fait écho à d’autres œuvres qui nous sortent de la manière la plus noble de notre surdité à l’égard de ce monde rural qui est bel bien notre contemporain. C’est le cas du documentaire posthume de Christophe Agou « Sans Adieu » qui sort justement aujourd’hui. On songe aussi à la réhabilitation d’un peintre pastoral du XIXème comme Jean-François Millet actuellement exposé aux Beaux-Arts de Lille. Longtemps oublié en Europe mais adulé par des américains comme le réalisateur Terrence Malick qui s’en inspire dans "Les moissons du ciel".

Notre rapport à la terre, on le croyait distancé : au loin le drame des agriculteurs, le scandale du glyphosate, la politique identitaire qui folklorise la paysannerie tout en se moquant d’une nouvelle culture adepte du retour au vert et de la biodynamie. On se rend compte que notre rapport à la terre a beaucoup plus à nous dire. À commencer par nous poser cette question : sommes-nous encore capables de l’écouter ?

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