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 Jacques Lassalle, en juillet 1990 à Paris En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/01/02/le-dramaturge-metteur-en-scene-et-ecrivain-jacques-lassalle-est-mort_5236756_3382.html#ahI6RHz854FsrAFp.99

Jacques Lassalle, l'homme qui murmurait à l'oreille des mots

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À retrouver dans l'émission

Hommage au metteur en scène, dramaturge et écrivain : "homme de théâtre" car il en était fait tout entier.

 Jacques Lassalle, en juillet 1990 à Paris En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/01/02/le-dramaturge-metteur-en-scene-et-ecrivain-jacques-lassalle-est-mort_5236756_3382.html#ahI6RHz854FsrAFp.99
Jacques Lassalle, en juillet 1990 à Paris En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/01/02/le-dramaturge-metteur-en-scene-et-ecrivain-jacques-lassalle-est-mort_5236756_3382.html#ahI6RHz854FsrAFp.99 Crédits : PIERRE VERDY - AFP

Ouvrons un instant les guillemets. Pour rendre hommage à Jacques Lassalle je pourrais vous parler d’un grand « homme de théâtre », d'un « passionné de littérature », d’un « artiste citoyen » si ces formules ne finissaient pas par sonner creux. Pourtant en les reprenant une par une, elles tombent juste. Mais qu’est-ce qui fait que nous n'entendons plus ces mots ? Qu’ils glissent. Qu'ils perdent leur force de caractérisation. Et comment les faire réentendre ? C’est précisément cette capacité à rentrer dans les mots pour leur rendre sens et vie qu’on recherche dans théâtre, et c’est précisément ce qui habitait le travail de Jacques Lasalle.

Pour y arriver, il faut les connaître les mots. Les fréquenter intimement. Agrégatif de Lettres Modernes Jacques Lassalle écrivait à ses heures, ses propres pièces, mais aussi son volumineux journal Ici moins qu’ailleurs publié chez P.O.L où il note ceci : « Nous mettons en scène non pas ce que nous savons, mais ce qu’obscurément nous cherchons ». En effet les mots, ceux des classiques comme des contemporains qu'il affectionnait, Molière ou Goldoni, Michel Vinaver ou Nathalie Sarraute, ont pour lui des secrets que l’on peut/doit révéler sur scène. Non par une adaptation de surface, mais par l’acte théâtral. Ainsi Jacques Lassalle disait  « quand je travaille sur un texte constitué, il m’importe tout autant de faire surgir l’autre texte, le texte de l’ici et maintenant, de la représentation, le texte que l’acteur produit dans son rapport au personnage ».

Les mots sont vivants, bougent, entrent en résonance avec le monde, et avec l’acteur, il faut trouver le bon axe pour leur rendre leur pouvoir. Un axe mouvant et surtout pas une recette, comme en témoignent les trois mises en scène très différentes que Jacques Lassalle fera du Tartuffe de Molière. 

Prenons celle qu’il propose à son arrivée au Théâtre national de Strasbourg (TNS) qu’il dirige de 1983 à 1990, un Tartuffe mémorable avec Gérard Depardieu, dont il se souvient ainsi sur France culture en 2009.

Il y a ce Tartuffe "mate" 'indécidable" "Julien Sorel voyou", mais aussi ce Tartuffe qui provoque la férocité des rires du public, qui éclaire le moment politique, comme celui que Jacques Lassalle monte dans la Pologne de 2006, déjà traversée de relents xénophobes et de crispations religieuses. Il y retrouve ce qui l’a fait naître au théâtre c’est-à-dire la puissance civique et artistique du Théâtre National Populaire de Jean Vilar qu’il allait voir adolescent.

Cette conviction pour reprendre les propres mots de Lassalle "que le théâtre pouvait être une des possibilités les plus accomplies de servir la cité" il l'aura défendue dés la fin des année 60. En créant des ateliers de théâtre en banlieue à Vitry où il est installé, et où les jeunes affluent, puis en fondant le Studio-Théâtre de Vitry où il fait ses armes. 

Mais à aucun moment l’engagement n’aura écrasé les mots, Jacques Lassalle ne se sera pas égaré dans ce qu'il nomme « le brechtisme pur et dur ». Ni dans l’académisme, exerçant ce qu'il appelle « son absolue rébellion » à la tête de la Comédie Française de 1990 à 1993 (dont il sera évincé à regrets). 

En redonnant leurs vies aux mots, il défendait comme chez Molière la possibilité d’un théâtre qui est là pour plaire et déranger simultanément, et tout à la fois. 

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