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Portrait du philosophe Michel Foucault, en 1977

Comment penser la violence des mots dans l'ère post Weinstein ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le « dire vrai » de Foucault à #MeToo.

Portrait du philosophe Michel Foucault, en 1977
Portrait du philosophe Michel Foucault, en 1977 Crédits : Francoise VIARD/Gamma-Rapho - Getty

Comment penser le tourbillon de mots qui s’est emparé de nos sociétés dans cette ère que certains qualifient désormais de « post-Weinstein » ? La question traverse un numéro spécial du Nouveau Magazine Littéraire qui vient de paraître. 

L’ère « post-Weinstein » du nom du producteur hollywoodien accusé par plus de 100 femmes de harcèlement, agression sexuelle ou viol, c’est celle qui a engendré une vague de libération de la parole des femmes sur les violences sexistes au sens où elles sont liées à un rapport de dysmétrie entre les sexes. Un moment accompagné par les hashtags #MeToo et #Balancetonporc. C’est alors ouvert un horizon pour faire progresser l’égalité mais aussi se projeter dans le croisement possible de l’égalité et du désir. Comme le résume Raphaël Glucksmann le directeur de la publication du Nouveau Magazine Littéraire dans le manifeste « We Too » qui ouvre ce numéro spécial : « pensons un mouvement qui, en abolissant nos privilèges d’hommes nous libère tous. Car nous aussi (les hommes donc) nous voulons parler, séduire, aimer sans relation de domination ».

Voilà pour l’horizon, mais ce temps d’abord, est bien celui d’un changement et même d’un renversement du discours dans le contexte qui est le nôtre. À savoir une « nouvelle géographie de l’information, aux effets largement inconnus, dessinée par les réseaux sociaux » comme le formule l’écrivain et journaliste Marc Weitzmann dans son article « vertiges d’une révolution ». Si l’on a beaucoup parlé des accusations formulées et de leur impact sur ceux qui sont visés, revenons à la parole même. Comment elle peut se retourner contre l’individu qui l’a prononcée. 

Dans ce même article « vertiges de la révolution », sont convoqués des exemples où ce n’est pas la personne qui témoigne qui porte l’accusation ad hominem, mais l’espace public 2.0 qui réclame un nom. Des exemples où la machine s’emballe sans enquête ni procès et où celle qui a parlé s’en retrouve incriminée. La victime ou celle qui n’en a encore que le statut devient alors une menace.

Bien sûr, dire le vrai d’une violence sexuelle ou d’une violence sexiste ne renvoie pas aux mêmes faits, mais comme je l’ai rappelé c’est une dysmétrie ou un rapport inégalitaire qui est fondamentalement désigné. Dès lors il s’agit d’expliciter une vérité face aux détenteurs du pouvoir et à un ordre social établi, et cela ne va pas sans heurts.

C’est là qu’intervient Michel Foucault . Ce numéro spécial du Nouveau Magazine Littéraire s’intéresse notamment au dernier discours que le philosophe a prononcé au Collège de France en 1984 « le courage de la vérité ». Il y évoque la parrhésia de la Grèce antique. C’est-à-dire « celui qui prend le risque de dire la vérité ».  Risque encouru par lui et par la société. Car pour Foucault « s’il est vrai que la vérité du parrèsiaste quand elle est reçue peut à ce moment-là unir et réconcilier, ce n’est qu’après avoir ouvert un moment essentiel, fondamental, structurellement nécessaire : la possibilité de la haine et du déchirement ». Ce n’est pas ce que je nous souhaite, mais cela nous éclaire sur ce que nous vivons en partie. Un moment de vérité comme un risque à prendre.

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