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Emmanuelle Devos dans "Numéro Une" de Tonie Marshall

La femme dirigeante au cinéma est-elle condamnée aux clichés?

5 min
À retrouver dans l'émission

Recherche personnage complexe désespérément.

Emmanuelle Devos dans "Numéro Une" de Tonie Marshall
Emmanuelle Devos dans "Numéro Une" de Tonie Marshall Crédits : Allo Ciné

La 13ème édition du « Davos des femmes » le Woman’s Forum s’ouvre aujourd’hui à Paris et dans la foulée sortira « Numéro Une » le nouveau film de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos, sur une femme qui va devenir la première à diriger une entreprise du CAC 40. L’occasion de se demander comment se porte le costume d’"executive woman" au cinéma.

Hystérique nymphomane

La cadre dirigeante au cinéma c’est d’abord une femme à épaulettes, si l’on songe à la première référence du genre « Working Girl » de Mike Nichols en 1988. Sigourney Weaver dans le rôle de la patronne hystérique et nymphomane et Melanie Griffith dans le rôle de la petite secrétaire pas si bête qui en a marre de se faire voler ses idées et qui va lui prendre sa place y compris dans le coeur de son amant, Harrison Ford. Entre les clichés sur la femme de pouvoir et la compétition féminine, il y avait du chemin à faire…

Presque 30 ans plus tard, comment proposer un personnage complexe qui synthétiserait à la fois la force combative et les difficultés de ces dirigeantes ? Qui, faut-il le rappeler, sont encore sous représentées à la tête des entreprises. Seulement 3,5 % des conseils d’administration des grandes sociétés sont présidés par des femmes, 6,5 % pour les moyennes sociétés, et 10,26 % dans les plus petites. Je parle des chiffres en France pour l’année 2017.

Le piège de la comédie

D’abord il fallait sortir la femme exécutive du genre de la comédie. Espace plus propice à la fois aux raccourcis et aux exagérations. Même si certains ont pu apprécier "Agathe Clery" d’Etienne Chatillez avec Valérie Lemercier dans le rôle d’une directrice marketing raciste qui devient noire du jour au lendemain, ou le très habile et très 70’s «Potiche » de François Ozon avec Catherine Deneuve en femme du patron qui reprend les rênes de l’usine avec succès.

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La femme qui dirige dans une comédie c’est l’occasion de rire de la misogynie pour mieux la dénoncer, mais ça peut assez souvent se transformer en autoroute du stéréotype. Ce qui fait d’ailleurs dire à l’actrice Marina Foïs dans Télérama cette semaine : « dans les scénarios que je reçois, il n y a que des clichés, d’ailleurs le prochain qui m’envoie un rôle d’"executive woman" je le tape » !

La comédie dramatique c’est la tonalité retenue par Tonie Marshall –au passage seule femme à avoir eu le César du meilleur réalisateur- pour son nouveau film « Number One ». Emmanuelle Devos incarne donc une ingénieur cadre en lice pour devenir la première PDG d'une entreprise du CAC 40.

Réseau d’influence féministe, « Misogynie bienveillante », tension entre le professionnel et l’intime, démons personnels : le personnage a certes le « power dressing » ou costume de chef de rigueur, mais offre une nouvelle profondeur.

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Crédibilité documentaire

La série danoise "Borgen" avait su comme jamais faire le portrait d’une femme de pouvoir politique, là nous sommes dans l’industrie l’équivalent d’Areva. Et ce qui fonctionne c’est d’avoir réalisé une forme d’audit en amont du film avec la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué qui collabore au scénario. Rencontres multiples avec des dirigeantes comme Anne Lauvergeon ex PDG d’Areva ou Laurence Parisot ex-patronne du Medef pour un rendu plus crédible. À la fois sur le plan des réunions et des tractations, mais aussi sur celui des petites humiliations quotidiennes en milieu masculin. On frôlerait presque la caricature si elles n’étaient pas vraies…

Du type : « vous savez moi je suis pragmatique et je pense dans ces périodes difficiles que l’aura protectrice, maternelle d’une femme ça peut plaire » ou « le plus souvent les femmes ne comprennent rien au pouvoir elles se comportent comme des bécasses » et pour finir « vous n’êtes pas si mal quand vous êtes en colère, presque excitante ».

Sans oublier cette ribambelle d’adjectifs qui accompagnent particulièrement les femmes qui atteignent des postes à hautes responsabilités: "arriviste", "salope" "peau de vache", "tout d'un homme"… Fallait-il les compiler à ce point au risque de forcer le trait ?

Ce qui reste de cette « Numéro Une » et son sous titre « quel est le prix à payer pour devenir Numéro Une », c’est une radiographie de l’équation intime qui se pose pour les femmes qui veulent accéder à ces responsabilités. Basculement potentiel de la vie personnelle et enfer à l’horizon une fois le poste convoité obtenu. Autant de freins intériorisés que desserre l’héroïne, mais qui en bloquent tant d’autres…

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