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Le président Emmanuel Macron, Stéphane Bern, et la Ministre de la Culture Françoise Nyssen, entourés d’enfants, au Château de de Monte-Cristo à Marly-le-Roi

Le Pass Culture c'est comme la confiture?

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Moins on en a plus on l'étale... Vous connaissez la formule de Françoise Sagan. Sur cette mesure on en fait beaucoup, mais on en sait peu. Le point sur un casse-tête.

Le président Emmanuel Macron, Stéphane Bern, et la Ministre de la Culture Françoise Nyssen, entourés d’enfants, au Château de de Monte-Cristo à Marly-le-Roi
Le président Emmanuel Macron, Stéphane Bern, et la Ministre de la Culture Françoise Nyssen, entourés d’enfants, au Château de de Monte-Cristo à Marly-le-Roi Crédits : LUDOVIC MARIN / POOL - AFP

C’était l’un des engagements d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle : la création d’un « Pass culture » de 500 € pour tous les jeunes de 18 ans. Aujourd’hui, à part son inscription au budget 2018 du ministère de la Culture à hauteur de 5 millions d’euros, et une version test annoncée pour septembre 2018, nous n’en savons pas grand-chose. Pourtant autour de cette mesure s’agrègent des questions clefs pour la redéfinition de la politique culturelle.

Quel sera le contenu de ce Pass ? Quelle sera sa forme ? Son mode de financement ? Dire que les choses sont floues est un euphémisme. Néanmoins quelques précisions sont apparues depuis l’audition de la ministre de la Culture Françoise Nyssen par la commission élargie (affaires culturelles – communication et finances) de l’Assemblée nationale, il y a quelques semaines. Le plus simple est de suivre les indices. 

À propos de la mission et du contenu d’abord. Le programme d’Emmanuel Macron formulait l’ambition je cite « de donner le goût de la culture ». La ministre évoque un « prolongement du parcours d’éducation artistique et culturelle » (EAC) suivi pendant la scolarité. Un accompagnement par la culture de ce moment charnière entre la sortie de l’école et l’entrée dans l’âge adulte et citoyen. La question du Pass Culture est celle de l’autonomie des pratiques culturelles. Comment construire cette autonomie après l’école ? Et comment ne pas ne pas concevoir un système encadré de plus, éloigné de la notion de plaisir ?

Ce qui nous amène au contenu de l’offre. S’il s’agit bien d’aider les bénéficiaires à financer leur consommation culturelle, tout le problème est de savoir de quelle consommation culturelle on parle. Parmi les informations mises en circulation, le périmètre du pass culture engloberait la fréquentation des lieux culturels et des festivals, mais aussi l’achat de livres, et l’accès aux œuvres cinématographiques, audiovisuelles et musicales. Le secteur du jeu vidéo sera-t-il dans le périmètre ? Rien est tranché pour l’instant. Si le ministère cherche à concevoir une offre qui ne déçoive pas, et qui prenne en compte la culture jeune, dés lors s’ouvre un débat sur la conception de la culture en France. Ce qui en est, ce qui n’en est pas. Et comment intégrer les circuits numériques du divertissement par exemple, sans se retrouver à financer les géants du web ? Il y aurait comme un problème si au final le Pass Culture atterrissait dans la poche de la plateforme vidéo Netflix.

D’un autre côté comment limiter « l’effet d’aubaine ». C’est à dire comment ne pas se retrouver avec un Pass qui n’attirerait pas plus de public populaire vers la culture, mais un public qui en profite déjà, et qui en profiterait juste à moindre frais? A cela la ministre Françoise Nyssen répond qu’il faudra « éditorialiser, mais que le contenu sera ouvert, et que c’est le jeune qui choisira ». Et la ministre d’insister sur le fait que le Pass devra respecter « l’autonomie du jeune ». 

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Pour éviter de tourner le dos « au jeune », il sera consulté « le jeune ». Un groupe de jeunes issus du cabinet de la ministre, et des établissements culturels placés sous tutelle de son ministère, rencontreront des « acteurs culturels » pour travailler sur l’offre, a indiqué Françoise Nyssen. Ce qui est très vague. Dans la foulée aura même lieu un « hackathon participatif » autour du projet. Les « hackhatons » ce sont ces grands ateliers de réflexion et de création issus du monde du numérique. Le principe de l’ « essai-erreur » cher à l’économie numérique serait même appliqué, puisqu’une version bêta du Pass Culture sera expérimentée dés septembre 2018. D’ailleurs la ministre s’est dite « en mode start-up » ! Mais cette modernisation de la méthodologie suffira-t-elle ? Est-ce seulement un effet de com’ ?

Venons en enfin à la forme et au financement du Pass Culture. L’idée d’une plateforme personnalisée a été évoquée, elle fonctionnerait sur des algorithmes capables de guider les utilisateurs dans leur choix, et dans le sens de la découverte, pas vers leurs affinités de départ comme c’est le cas chez Amazon et consort. 

Quant au financement on sait que les 5 millions de budget acté pour le Pass Culture en 2018 correspondent à l’enveloppe de la phase de test que j’évoquais. Maintenant pour le financement d’un Pass à 500 euros qui concerne 850 000 jeunes de 18 ans, et nécessite donc environ 425 millions d’euros, rien est fixé. Même si dans sa promesse de candidat aux présidentielles, Emmanuel Macron avait parlé d’une part mineure de l’Etat, et d’un financement par les diffuseurs et les GAFA. 

En plein climat d’annonces tous azimuts, la dernière en date étant d’interdire Facebook au moins de 13 ans, après les mauvais retours du Pass Culture en Italie où les 500 euros étaient revendus contre 250 euros de fraîche au marché noir, et en pleine redéfinition du rôle des collectivités territoriales, une chose est sûre le Pass Culture serait l’occasion de clarifier la politique culturelle de la France à l’égard des jeunes. Mais pour l’instant on est encore au stade du Rubik’s cube ! 

NB/ A l'heure où nous écrivions ces lignes la ministre ne s'était pas encore exprimée dans Le Monde.

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