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Ce jeudi, Facebook comparaissait devant la justice française pour avoir bloqué le compte d'un utilisateur qui avait publié le célèbre tableau de nu de Gustave Courbet.

« L’origine du monde » : première victoire d’un David contre le Goliath Facebook

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Jusqu’ici la complainte facebookienne consistait à se plaindre des différents travers du réseau social sans pour autant pouvoir s’en passer.

Ce jeudi, Facebook comparaissait devant la justice française pour avoir bloqué le compte d'un utilisateur qui avait publié le célèbre tableau de nu de Gustave Courbet.
Ce jeudi, Facebook comparaissait devant la justice française pour avoir bloqué le compte d'un utilisateur qui avait publié le célèbre tableau de nu de Gustave Courbet. Crédits : THOMAS COEX - AFP

La complainte facebookienne est une pratique contemporaine répandue consistant à se plaindre des différents travers du réseau social sans pour autant pouvoir s’en passer. En règle générale nous agitons nos petits bras dans l’air et poussons des cris d’indignation mais nos modalités d’action semblent dérisoires. Et si ce Goliath n’était pas si inébranlable pour les David que nous sommes ? 

Je me souviens de l’écrivain Frédéric Beigbeder fâché tout rouge lorsque « le livre de visage » - Facebook - a censuré les seins nus de Mireille Darc sur son compte. Une photo qu’il avait postée pour  rendre hommage à l’actrice disparue fin août dernier. Il avait alors promis vengeance déclarant «Je réfléchis encore à la punition que je vais infliger à Facebook pour excès de puritanisme dans mon pays ». Oui quelle punition? C’est bien cela le problème.

Les confusions entre œuvres d’art et pornographie par les petits robots censeurs de Facebook sont légion, tandis qu’ils sont capables de laisser passer des publicités ciblant explicitement les antisémites ou encore la vidéo d’un meurtre lui même annoncé en amont dans une autre vidéo. Une situation décourageante condamnant l’utilisateur Sisyphe à sans cesse signaler des abus sans cesse renouvelés. En France, un internaute particulièrement persévérant a réussi à pousser son rocher en haut de la montagne sans redescendre. 

Cet enseignant avait posté en 2011 l’image du célèbre tableau « L’origine du Monde » de Gustave Courbet représentant un sexe féminin sur son compte, et s’était retrouvé banni. Son compte désactivé « sans préavis ni justificatif » par la firme américaine. Un artiste Danois quelques jours plus tard avait subi la même censure – qui a donc plus d’un siècle de retard - mais après s’être vu ré-exposé les règles du réseau social concernant la nudité, il avait retrouvé l’usage de son compte, expurgé du tableau de Courbet. Ce qui n’a rien d’une victoire.

Le compte de l’internaute Français lui est resté fermé. Il a ni plus ni moins assigné Facebook en justice pour réclamer la réactivation de son compte au nom de la liberté d'expression. Et 7 ans plus tard, hier, le réseau social comparaissait enfin devant la justice française. Première victoire concrète.  

Car pendant des années Facebook a tenté de recours en recours de se dérober, arguant qu'étant domiciliée en Californie, la société ne pouvait être jugée qu'aux États-Unis. En février 2016, la cour d'appel de Paris a mis fin à ce pinaillage, en confirmant la compétence de la justice française pour juger le réseau social. Et du même coup, elle a peut-être ouvert la voie à une jurisprudence. La clause exclusive de compétence désignant un tribunal de l'État de Californie comme étant le seul habilité à trancher les litiges a bien été jugée abusive. A partir de là, on peut imaginer que Facebook et d’autres géants de la Silicon Valley puissent être obligés de modifier ce type de clause. Imaginer aussi que tout à chacun peut désormais se retourner contre Facebook devant les tribunaux de son pays. 

Le verdict sera rendu le 15 mars, et l’enseignant combattant moderne contre la censure, persistant sept années durant, saura s’il obtient les 1 euro de réparation réclamé pour procédure abusive ainsi que les 10.000 euros pour les frais. Il faudra pour cela démontrer qu’un tableau comme celui de Gustave Courbet ne peut à aucun moment correspondre à une infraction de la clause qui interdit la nudité sur Facebook car il s’agit d’une image sublimée ou d’art tout simplement. Nuance indétectable par des robots censeurs. Un procès à suivre espérant que notre David obtienne non seulement justice contre Goliath mais qu’il renforce le droits de utilisateurs. 

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