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"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Comment les artistes anticipent notre défaite contre les machines?

7 min
À retrouver dans l'émission

Une révolution copernicienne est en marche, dans laquelle l’homme n’est plus au centre de l’univers. Elle part entre autres du "point de singularité", ce moment où les machines auront pris le pas sur l'humain biologique.

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve
"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve Crédits : Allo Ciné

En allant voir « Blade Runner, 2049», la suite du « Blade Runner » de Ridley Scott imaginée par le réalisateur Denis Villeneuve, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi cette date « 2049 » ?

Si le « Blade runner » d'origine, sorti en 1982 et adapté du roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » se situait dans le Los Angeles de 2019, nous sommes donc 30 ans plus tard dans le Los Angeles de 2049 et dans une société transhumaniste où l'hybridation entre l’homme et la machine s’est considérablement accrue. Les répliquants réclament leur droit à l’humanité puisqu’ils en partagent le patrimoine génétique.

2049 ça n'est plus de la Science Fiction

2049 correspond en réalité à ce qu’on appelle le point de singularité. Et ça n’est plus de la science fiction.

C’est un point définit par le chercheur Ray Kurzweil à la tête d'un pôle financé par le géant américain Google : il a fixé à 2045 la date où la puissance des machines et de leur intelligence artificielle sera telle qu’elles pourront s’autonomiser et prendre le pas sur l’homme. Ce "Blade Runner 2049" en est l’écho. On est plus comme chez Ridley Scott et Philippe K. Dick dans la dystopie cette projection dans un futur sombre et parano, mais dans une forme prospectiviste raisonnée.

Le point de singularité c’est exactement sur cela que travaille le duo de plasticiens Fabien Giraud et Raphaël Siboni. Prenons acte de cet horizon et travaillons sur ce monde où à partir de 2045 la courbe exponentielle de développement des machines monte verticalement en flèche. Comme le souligne Fabien Giraud "l’homme, alors, n'est plus acteur, il devient de la matière à ré-agencer. Les machines doivent encoder l'humain, ce qui revient à le chosifier.” Se projeter là, c’est commencer à penser ce monde qui vient, et faire une petite révolution copernicienne artistique où l’homme n’est plus au centre de l’univers.

Comment penser sa place alors ? D’abord en se rappelant d’où il vient. Ce qui se traduit notamment par une démarche historique le duo Giraud/Siboni a produit une série de films "the unmanned" qui revient sur la progression à travers les siècles qui nous a mené à laisser le pouvoir aux machines. Le film "1997" démarre par exemple juste au moment où le génie des échecs Kasparov perd contre l’ordinateur Deep Blue. L’Art comme un espace non plus pour alerter, mais réfléchir. Le point de singularité devenant un nouveau point de fuite, une nouvelle perspective pour appréhender notre monde.

« la catastrophe a déjà eu lieu »

Dans le film « The Axiom » du même duo Giraud/Siboni le narrateur est un jeune garçon du nom de Friedrich, il est l’incarnation du projet réel du même chercheur Ray Kuzweil : ressusciter son père. Friedrich est la fois le père de Kuzweil et son fils, et pose la question de ce qui se passera quand les fils engendreront les pères.

Comme le soulignait une autre plasticienne, Dominique Gonzalez-Foerster à propos de son installation refuge à la Tate Modern où elle se projetait en 2058 dans un Londres noyé sous une pluie éternelle « la catastrophe a déjà eu lieu ». Il faut en prendre acte et repenser l’humain dans cet espace.

En somme se confronter à la honte prométhéenne dont parlait le philosophe Gunter Anders (qui fut l’époux d’Hannah Arendt) dans son recueil d'études intitulée L’obsolescence de l’homme. À savoir ce sentiment de faiblesse de la condition biologique humaine, ses souffrances et ses limites, face à la toute puissance des machines et de la technique.

En partant de cette humilité raisonnée on peut imaginer d’autres possibles, dans le domaine artistique comme le montre Thomas Schlesser dans son livre référence "L'Univers sans l'homme", comme dans le domaine de la science fiction avec Alain Damasio et son collectif Zanzibar pour « désincarcérer le futur ».

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