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Roman Polanski en 2012

Comment libérer la parole sans restreindre la liberté des Arts ?

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À retrouver dans l'émission

Le féminisme, Polanski et la Cinémathèque #violencessexistes : et maintenant ?

Roman Polanski en 2012
Roman Polanski en 2012 Crédits : Allo Ciné /Copyright Eclipse

Retour sur la polémique autour de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque française, et la question qu’elle semble sous-tendre : comment libérer la parole sans restreindre la liberté des Arts ?

Vaste question à laquelle il ne sera pas donner ici de réponse rapide. Autant prévenir. Mais puisque nous voulons nous interroger sur les suites de cette libération massive de la parole sur les violences non seulement sexuelles mais sexistes, nous avons là un cas qu’il convient d’étudier. Et j’ai décidé de le prendre par les mots.

« Fidèle à ses valeurs et à sa tradition d'indépendance, la Cinémathèque n'entend se substituer à aucune justice», tels sont les mots de l’institution présidée par le réalisateur Costa-Gavras dans un communiqué qui confirme, en dépit de la colère d’associations féministes, le maintien de la rétrospective Roman Polanski. Et la venue du réalisateur franco-polonais à la fois pour l’avant première de son dernier film et l’organisation d’une master classe.

Il y a l'œuvre et il y a l'homme

« N’entend se substituer à aucune justice » : dans cette formule se dessine une première clef. Oui, Roman Polanski fait l’objet d’accusations. D’abord l’affaire Samantha Geimer, qu'il est accusé d’avoir droguée et violée à Los Angeles en 1977 alors qu’elle était âgée de 13 ans, et qui déclare depuis qu’elle a pardonné et veut clore le dossier, puis quatre autres actrices qui ont entamé des poursuites pour des faits similaires à la même époque. Deux d’entre elles s’étant exprimées dans le sillage de l’affaire Weinstein. Mais la cinémathèque n’est pas là pour trancher à la place de la justice. Et elle rappelle que le programme annoncé en août n’a fait alors l’objet d’aucun commentaire particulier. C’est bien le contexte qui a changé. Et dans ce climat particulier justement, j’y vois la levée d’une digue nécessaire : on ne juge pas à la place de la justice.

Deuxième digue nécessaire à mon sens, en quoi la mission d’un musée de l‘histoire du cinéma serait de rendre un arbitrage moral ? Ainsi réaffirme la cinémathèque « nous ne décernons ni récompenses ni certificats de bonne conduite. » Au fond il y a l’œuvre et il y a l’homme. Et la position sera sans doute la même alors quand il s’agira d’une rétrospective Michel Audiard dont on vient de révéler les écrits antisémites ? On en revient au cas Louis Ferdinand Céline qui est un peu le point Godwin du débat sur l’art et la morale.

"Le tapis rouge" à l'homme

Mais dans la séquence qui est la nôtre, il faut regarder et écouter ce que ces tensions révèlent. L'association Osez le féminisme accuse la Cinémathèque française de «participer à la culture de l'impunité des violences masculines». Et ce sont les accusations de « mise à l’honneur » ou de « mise sur un piédestal » qui reviennent. Ce qui serait donc en question ce ne serait pas qu’on montre l’œuvre mais, pour faire court, qu’on déroule le tapis rouge à l’homme…

On retrouve là une situation qui avait conduit Roman Polanski à renoncer à la présidence des Césars en février dernier. Et les mots à l’époque de la ministre du Droits de femmes, Laurence Rossignol.

Quelques mois plus tard et dans ce contexte de libération de la parole des femmes sur le harcèlement et les violences sexuelles : la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les hommes et les femmes, et la ministre de la Culture se sont pour l’instant gardées de prendre position dans cette affaire (Françoise Nyssen a réagi depuis sur France Inter ce matin). Pourquoi ? Peut-être par peur d’un faux pas.

Lever des digues, laisser le canal ouvert

À mon sens, on assiste à l’ouverture d’un canal de la parole dont pourrait sortir des avancées tangibles pour les droits des femmes, mais attention au recul. Dont la police des arts et des médias serait l’incarnation.

Quand la Cinémathèque écrit en conclusion de son communiqué : «Nous n'avons donc rien à débattre avec des gens qui exigent de La Cinémathèque française l'abandon de sa mission fondamentale : montrer inlassablement l'œuvre des grands cinéastes ». Au contraire il faut débattre ! Malgré cette question qui reste en suspend : une confrontation raisonnable de points de vue est–elle possible alors que la passion est à son comble ?

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