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L'écrivain américain Paul Auster, lors d'une intervention pour "International Book Fair in Guadalajara",  à Mexico, le 26 novembre 2017

Que peut la littérature contre les "fausses informations"?

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Une question qui se pose en filigrane dans le dernier numéro de la revue « America ».

L'écrivain américain Paul Auster, lors d'une intervention pour "International Book Fair in Guadalajara",  à Mexico, le 26 novembre 2017
L'écrivain américain Paul Auster, lors d'une intervention pour "International Book Fair in Guadalajara", à Mexico, le 26 novembre 2017 Crédits : REFUGIO RUIZ - AFP

Tandis qu’en France un projet de législation contre les « fake news » ou « fausses informations » a été annoncé par le président Macron - terminologie qui recouvre des procédés diverses, je n’y reviendrai pas ici – une question se pose en filigrane dans le dernier numéro de la revue « America » : comment atteindre le vrai ? Et qu’y peut la littérature ?  

« America » c’est cette revue lancée après l’élection de Trump qui chronique l’Amérique contemporaine à travers le regard des écrivains américains. Et forcément dans un pays qui a vu naître l’expression de « faits alternatifs » dans la bouche d’une conseillère du président, la question du « vrai » redevient centrale.   

Que se passe-t-il quand, comme le rappelle Paul Auster dans un long entretien à l’occasion de la publication en France de son roman 4 3 2 1, le président peut annoncer que les Etats-Unis ont aujourd’hui le taux d’homicide le plus élevé de toute leur histoire, que c’est faux, et que comme les gens veulent y croire, c’est la vérité ? 

Que se passe-t-il quand le terme de « réchauffement climatique » n’est même plus autorisé à l’Agence pour la protection de l’environnement ?   

À l’heure de « numéro 45 » comme l’appelle Paul Auster qui ne veut plus prononcer le nom de Trump, il estime que ce dont les Etats-Unis et le monde ont plus le plus besoin « c’est d’une nouvelle ère de bons journalistes ». « Sans eux, dit Paul Auster, nous plongerions dans le chaos », « dire les faits, raconter l’histoire telle qu’elle s’est réellement déroulée, telle est leur tâche ». Et pour lui, les romanciers n’y peuvent pas grand-chose. L’ennui c’est que la tendance est au court-termisme systémique dans le journalisme. Le problème du vrai serait devenu celui du temps. 

Même constat d’un autre point de vue littéraire, bien éloigné de Paul Auster, celui de deux figures de ce qu’on a appelé le « nouveau journalisme » justement, Tom Wolfe et Gay Talese. Le « nouveau journalisme » ou la « non fiction » : un mouvement qui a voulu réduire la distance entre journalisme et littérature jusqu’à les confondre tout en restant dans le factuel. Il y a la fiction, il y a le reportage, tout se mêle mais « la vérité reste un horizon indépassable » selon les mots d’un descendant du genre, William Finnegan, lauréat du Prix Pulitzer en 2016. 

Alors que nous disent ces parrains du « nouveau journalisme » en ces temps de crise de « l’information vérité » ? Pléonasme devenu nécessaire semble-t-il. Pour Gay Talese dont l’ouvrage sur un fils de la mafia Ton père honoreras a fait date, c’est à nouveau la question du temps qui revient. « Aujourd’hui il faut faire court, on écrit des slogans, ce n’est plus du journalisme c’est de la publicité à peine déguisée » dit-il. Et ajoute « un journal ne doit pas se contenter de donner des nouvelles de la société, il doit en être le révélateur ». Et comment ? Le secret de cette forme littéraire du « nouveau journalisme » c’est bien pour lui « l’art délicat de perdre son temps ». On doit vivre « un peu, beaucoup, longtemps » comme dit Tom Wolfe, avec son interviewé ou son sujet, de là pourra naître le vrai. 

Mais si et seulement si on est capable de le transmettre stylistiquement. C’est ainsi que la littérature peut donc in fine quelque chose. Nous en revenons à l’idée qu’il n’y a pas de meilleure enquête sur le XIXème siècle que Balzac et Zola. D’ailleurs Tom Wolfe signe ses lettres « Balzola ».   

Une autre ambition émerge, comment faire apparaître le vrai si nous sommes bâtis sur du faux ? Si aux Etats-Unis on n’enseigne pas l’extermination des Indiens, si il n’y a même pas de « musée » sur l’esclavage ? C’est Paul Auster qui y revient, mais aussi Benjamin Whitmer dans un texte intitulé L’histoire interdite. Et que faire si fusillades après fusillades les effets positifs de la régulation du port d'arme continuent d'être niés comme le raconte Stephen King ? De cette crise du vrai qui dessine à travers la parole donnée à ces écrivains dans le nouveau numéro de la revue America, on retient une communauté de constats, et un travail qui échoue différemment à chaque plume, mais qui reste le même : révéler la vérité de l’intérieur. 

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