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 L'excellent Thomas Gioria instrument pressurisé du père dans "Jusqu'à la garde " de Xavier Legrand

« Jusqu’à la garde » : la peur sans musique

4 min
À retrouver dans l'émission

Un thriller social qui transmet l’effroi de la violence conjugale en s’adressant directement aux nerfs, sans une once de violon strident.

 L'excellent Thomas Gioria instrument pressurisé du père dans "Jusqu'à la garde " de Xavier Legrand
L'excellent Thomas Gioria instrument pressurisé du père dans "Jusqu'à la garde " de Xavier Legrand Crédits : Allo Ciné - AFP

D’abord si « Jusqu’à la garde » le premier long métrage de Xavier Legrand crée l’événement c’est parce qu’il traite de la violence conjugale de manière inédite, à un moment où les violences faites aux femmes sont au cœur du débat. 

Et aussi, il est vrai, parce qu’il est précédé de tous les honneurs, entre autres deux récompenses à la dernière Mostra de Venise. Sans oublier que le premier le court-métrage de ce même réalisateur croulait déjà sous les prix, un ticket pour les Oscars en prime.

L’événement tient également à cette audace : monter le son et couper la musique. C’est un thriller social qui va transmettre l’effroi de la violence conjugale en s’adressant directement aux nerfs sans appui musical pour accélérer la tension. Pas une once de violon strident ou de bourdonnements électroniques inquiétants pour nous faire sentir la menace de « l’autre » comme l’appelle les enfants. Ce mari violent, quitté, qui obtient contre la volonté de son fils et de son ex femme un droit de garde un week-end sur deux. Il s’agit bien de faire un film sur la peur, sur ce que c’est de tenir cette bombe de violence à distance, ce que c’est de tenter d’échapper à son explosion... Même si la réalité du danger ne se comprend qu'au fur et à mesure. Et pour que nous le ressentions jusque sous la peau, il faudra se passer de ce vecteur de choix qu’est la musique. Comme si c’était un indice de fiction de trop.

Sans disqualifier le couple peur et musique au cinéma pour autant. Chez Xavier Legrand l’ombre d’Hitchcock plane et l’on sait le duo indissociable qu’il formait avec son compositeur Bernard Herrmann. Le Shining de Kubrick n’est pas loin non plus, référence préparatoire assumée par le réalisateur de « Jusqu’à la garde ». Et bien sûr, qui pourrait envisager Shining sans la bande-son de Wendy Carlos?

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Alors comment Xavier Legrand s’y prend-t-il pour faire grimper l’angoisse sans la musique ? Ce sont les sons du réels qui prennent le relais. La voix doucereuse du père qui bascule soudainement dans l’agressivité y participe. Mais tout est dans ces bruits qui nous mettent en l’alerte. Un fils qui tente de protéger sa mère, un fils dans l’habitacle de la voiture paternelle qui sonne comme un piège, et l’intimidation qui commence par une porte qui claque un peu plus fort…

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« Jusqu’à la garde » mise sur la partition de ce qui nous met sur nos gardes justement. De la violence qui monte dans les coups d’accélérateurs et les changement d'itinéraires brusques, à la répétition des coups de fil, jusqu’à l’interphone incessant, en pleine en nuit, qui annonce le début de la traque. 

Déjà dans le court-métrage de Xavier Legrand « Avant que de tout perdre », préquel de ce long, c’est à l’écriture du son que l’on ressentait le stress de cette femme (déjà incarnée par Léa Drucker) qui décide de fuir son mari violent (déjà incarné par Denis Menochet) avec ses enfants. Elle s’apprête à partir, il le sait, il le sent, il vient la chercher sur son lieu de travail…

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Au fond ce parti pris radical de dissocier tension et musique au cinéma, débouche sur une véritable écriture musicale du son, toute en rupture. Un vecteur d’angoisse encore plus réaliste sur un sujet que nous devons concrètement affronter « une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint en France ».

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