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La comédienne Noémie Gantier, du collective "Si vous pouviez lécher mon cœur" pendant une répétition de la pièce de théâtre "2666" dirigée par Julien Gosselin, le 6 juillet 2016, au festival d'Avignon

Qui a dit que les auteurs de théâtre avaient disparu ?

4 min
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Il est question d’un nouveau chantier : les États Généraux des écrivains de théâtre. Les auteurs de théâtre n’ont pas disparu il faut se donner les moyens de les voir !

La comédienne Noémie Gantier, du collective "Si vous pouviez lécher mon cœur" pendant une répétition de la pièce de théâtre "2666" dirigée par Julien Gosselin, le 6 juillet 2016, au festival d'Avignon
La comédienne Noémie Gantier, du collective "Si vous pouviez lécher mon cœur" pendant une répétition de la pièce de théâtre "2666" dirigée par Julien Gosselin, le 6 juillet 2016, au festival d'Avignon Crédits : BORIS HORVAT - AFP

Ce ne sont pas trois coups mais un seul qui a ouvert cette nouvelle saison théâtrale : où sont passés les auteurs ? Dans un article de Libération intitulé « Auteur où es-tu ?» la question d’une disparition de la littérature dramatique contemporaine sur les scènes du théâtre public, évincée par des reprises de classiques ou des adaptations de romans et de films, était posée.   

Pour y répondre un collectif d’auteurs contemporains de théâtre s’est mobilisé et devrait être reçu par le Ministère de la Culture, tandis qu’une tribune paraissait il y a quelques jours dans Libération appelant à des Etats Généraux des écrivains de théâtre. Signée Arnaud Meunier, metteur en scène et directeur de la comédie de Saint-Etienne, ce texte rappelait le décalage entre la diversité, le foisonnement des nouvelles écritures dramatiques, le nombre importants d’auteurs reconnus et traduits à l’étranger, et je cite « cette apparente ringardisation », trop communément admise, du texte écrit avant les répétitions.  

Car les écrivains de théâtre il en existe, et de très visibles même. À commencer par l’auteure la plus jouée, Yasmina Reza. Mais aussi Wajdi Mouawad qui dirige le théâtre de la Colline à Paris, Olivier Py directeur du Festival d’Avignon, mais aussi Joël Pommerat, Pascal Rambert ou Michel Vinaver. Il y aurait cependant une distinction entre ces quelques auteurs stars ou metteurs scène-dramaturges, et ces auteurs contemporains « sans scène » dans l’attente de voir leur texte porté. Pourtant, on l’a dit, il sont nombreux et talentueux, de générations et d’approches différentes, et soutenus par des dispositifs d’aide. L’article « perécien » de Libération sur la disparition de l’auteur de théâtre citait en exemple : Mohamed El Khatib bénéficiaire d’une bourse de l’Association Beaumarchais-SACD pour Finir en beauté ou David Geselson qui a obtenu à deux reprises une aide d’Artcena (l’ex-Centre National du Théâtre) pour En Route-Kaddish et Doreen

Des structures existent également pour faire émerger et favoriser la diffusion des dramaturges contemporains, comme la formation d’écriture de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Technique du Théâtre (L’Ensatt) ou la Coopérative d’écriture qui regroupe plusieurs auteurs dont David Lescot ou Enzo Corman. Alors pourquoi ? Pourquoi les écrivains de théâtre auraient-ils disparus ? Par quel tour de passe-passe sont-ils devenus invisibles ? Parmi les arguments avancés : la matière serait trop figée moins malléable qu’une adaptation de romans, de scénarios de films ou la réécriture d’un classique. L’auteur serait trop angoissé à l’idée de voir son texte bouger, décourageant les metteurs en scène. La performance et l’écriture au plateau auraient pris le pas sur le texte formulé en amont. Pourtant comme le rappelle David Lescot « la poésie de la langue requiert un temps d’écriture qui ne peut pas complètement se confondre avec le temps du plateau : il doit aussi pouvoir l’excéder.» 

En réalité c’est un problème de frilosité générale qu’il faut résoudre. Un problème de prise de risque. Le dramaturge Michel Simonot dans son livre La langue retournée de la culture le formule ainsi : « nous sommes passés d’une connotation positive (principalement dans les années 60 à 80) à une conception négative du risque artistique ». Et cette frilosité des théâtres ou des metteurs en scène a même eu des conséquences sur les textes dramatiques proposés, réduits à quelques personnages là où une troupe comme celle de Julien Gosselin nécessite des pièces de grande amplitude. Après s’être tourné vers les romans de Houellebecq et Bolaño, il d’ailleurs faire appel à Aurélien Bellanger (notre cher Aurélien Bellanger) pour créer un texte dramatique contemporain, 1993. À quoi sert en effet de réécrire les classiques ou de les actualiser pour parler du terrorisme ou des réfugiés ? Pour dire tout le brûlant du monde contemporain, autant être en prise directe avec des pièces contemporaines.   

La question de la visibilité des dramaturges actuels est bien politique et structurelle. C’est l’ensemble de la « filière texte » qu’il faut revoir, avec des systèmes aujourd’hui dépassés. Comme le résume Arnaud Meunier qui appelle donc aux Etats Généraux des écrivains de théâtre « Il y a un réel impensé sur la place des textes de théâtre actuel et de celles et ceux qui les écrivent ». 

Nous avons décidé d’engager le débat, à la fois en questionnant cette « invisibilité » des auteurs contemporains dans Une Saison au théâtre de Joël Gayot ce dimanche à 15 heures 30 sur France Culture, et en faisant entendre la richesse de leur production dans les Fictions et Cie de Blandine Masson ce dimanche à 21 heures sur France Culture, bien sûr.   

Les auteurs de théâtre n’ont pas disparu il faut se donner les moyens de les voir !

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