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Lupita Nyong'o à la Première du film "Black Panther", le 8 février 2018, à Londres.

« Black Panther » une victoire politique au-delà du coup marketing ?

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En quoi cet événement dépasse le livre des records de la pop culture ?

Lupita Nyong'o à la Première du film "Black Panther", le 8 février 2018, à Londres.
Lupita Nyong'o à la Première du film "Black Panther", le 8 février 2018, à Londres. Crédits : Jeff Spicer/FilmMagic - Getty

Black Panther plus fort que Star Wars ? Les chiffres viennent de tomber et le super-héros noir de Marvel pourrait détrôner la saga intergalactique. En quoi cet événement dépasse largement le livre des records de la pop culture pour marquer les pages de l’Histoire tout court, tant il est politique ?

Tout d’abord c’est un symbole tardif, mais un symbole quand même. Pour la première fois l’usine à films de super-héros Marvel donnait le premier rôle à un personnage noir, « black panther » incarné par Chadwick Boseman, et imaginé dans les comics par Stan Lee et Jack Kirby dés 1966, en pleine lutte pour les droits civiques. Un super-héros, et c’est aussi une première, entouré d’un casting essentiellement afro-américain (Michael B. Jordan, Lupita Nyong'o, Angela Bassett ou encore Forest Whitaker). Pour la réalisation et la bande son, des symboles forts, encore. Avec Ryan Coogler et Kendrick Lamar. L’un auteur du saisissant « Fruitival Station », film inspiré d'un fait réel qui retraçait les dernières 24 heures d’un jeune père de famille noir abattu par la police la nuit du nouvel an. L’autre, meilleur rappeur du moment, qui dénonce dans ses titres les crimes racistes anti-noirs.

Résultat un carton « phénoménal » dans tous les sens du terme pour « Black Panther ». Sur le plan des chiffres ce sont 242,2 millions de dollars de recettes sur les quatre premiers jours d'exploitation du film aux Etats-Unis, la panthère noire pourrait dépasser le plus gros succès des Jedi « Le réveil de la force » en 2015. « Black Panther » réalise même le meilleur lundi de l'histoire du cinéma américain devant ce même Star wars 7. Quant à la B.O supervisée par Kendrick Lamar elle ne quitte plus la tête du classement des meilleures ventes d’albums.

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Mais qu’est-ce qui en fait une victoire politique au-delà des symboles et au-delà de qui ce pourrait aussi être rangé dans l’histoire des meilleurs coups marketing ? Car Disney propriétaire de Marvel et de la franchise Stars Wars engrange à tous les coups. Et en plus d’avoir été très tardivement choisi pour porter une adaptation au cinéma à lui tout seul, rappelons que le « black panther » de Marvel a mis du temps à être politisé. Même si aujourd’hui c’est l’écrivain engagé Ta-Nehisi Coates, auteur du best-seller Une colère noire qui assure le scénario des comics du super-héros (et avec succès), il fut un temps où la panthère noire avait été rebaptisée léopard noir pour ne pas avoir l’air de soutenir les activistes du Black Panther party…

Aujourd’hui on ne peut pas nier que le scénario de "Black Panther" joue sur une parabole politique évidente. Puisque l’intrigue se déroule dans un pays d’Afrique imaginaire, le Wakanda, resté secret, jamais colonisé et surpuissant, possédant d’incroyables réserves de vibranium, un minerai avec lequel les armes les plus redoutables et les technologies les plus puissantes peuvent être élaborées. On n’est pas si éloigné de l’uranium et du coltan qui gorgent le sol de certains pays africains. Un combat va ensuite se livrer entre celui qui veut continuer à protéger le secret du pays du pays (Black Panther) et celui, impérialiste, qui veut aller dominer les autres. 

Alors oui, il ne faudra pas aller en chercher plus dans les dialogues. Oui il y a une forme de saupoudrage du folklore africain (coiffures vaguement zouloues par-ci, tenues crypto masaïs par-là) sans compter les scarifications et les rituels un peu clichetons avec les ancêtres, comme l’a souligné le site Jeune Afrique

Mais la réception sociale est là et en adéquation avec le combat des noirs américains tel qu’il retentit aujourd’hui. Une locomotive politique déjà utilisée pour appeler à voter aux élections de mi-mandat, et un succès salvateur, comme l’a tweeté Michelle Obama : « grâce à vous, de jeunes gens vont enfin voir des super-héros qui leur ressemblent sur grand écran ». La remarque vaut au-delà des Etats-Unis.

Enfin songeons que « Black Panther » est le film le plus commenté de l’histoire du réseau social Twitter, et à ce titre il aura aussi provoqué l’expression d’un racisme crasse et persistant, aux Etats-Unis comme en France d’ailleurs. En France, où une odieuse attaque de référencement google avait conduit un temps les spectateurs qui recherchaient une séance pour « Black Panther », à atterrir sur la fiche de « La planète des singes »… Quoi qu’on en dise, le succès de « Black Panther » est un événement politique. 

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