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Didier Lockwood, à Nice

Hommage à Didier Lockwood, le jazz « portes ouvertes »

6 min
À retrouver dans l'émission

« Open Doors » du nom de son dernier album : un condensé de la philosophie "cordes et âme" du violoniste Didier Lockwood dont on a appris la disparition brutale à l’âge de 62 ans.

Didier Lockwood, à Nice
Didier Lockwood, à Nice Crédits : Didier Baverel/Corbis - Getty

« Open Doors » tel était le titre de l'album très attendu et très réussi de Didier Lockwood paru en novembre dernier, presque 10 ans après son hommage à Stéphane Grappelli dont il avait pris la suite. Stéphane Grappelli, Didier Lockwood, Jean-Luc Ponty : la trinité du violon jazz français. Rayonnant dans le monde entier. « Open Doors », portes ouvertes, c’est au vrai un condensé de la philosophie et de l’approche "cordes et âme" de Didier Lockwood. Dans cet album promesse il appelait à « apprendre à voir l’invisible, entendre les silences, atteindre un ailleurs, aiguiser nos sens, rêver éveillés et alors redécouvrir le monde, lavés de nos préjugés »

Garder les portes grandes ouvertes, pour ce calaisien, fils d’un instituteur professeur de violon et d’une mère peintre, frère d’un pianiste jazz, c’était d’abord une conception ouverte du jazz dans toutes ses vibrations.

Des débuts avec le jazz-fusion électrique du groupe Magma. Puis ce sera le Big Bang de Michel Colombier où Stéphane Grappelli le repère. Et un premier album à 17 ans « New World » avec ce titre « Giant Steps » où explosent toute son audace et sa virtuosité rythmique. Des pas et un appétit de géant.

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Didier Lockwood s’aventure dans la pluralité des expressions jazzistiques : jazz acoustique, jazz manouche, jazz et musique classique comme avec le spectacle "Le Jazz et la diva" en compagnie de celle qui fut sa première épouse, la cantatrice Caroline Casadesus. Il joue avec Miles Davis et Herbie Hancock, collabore avec Claude Nougaro, Jacques Higelin ou Barbara. Capable d’être à la fois ce rockeur du violon qui passe dans des clips à la télévision comme cet improvisateur de lignes quasi abstraites en compagnie du pianiste Martial Solal.

Les portes grandes ouvertes de Didier Lockwood, sont également celles de la transmission. Ce pari fou de transmettre ce qu’il appelait la science de l’improvisation. Là où intuitivement on ne saurait donner de méthode à ce qui peut émerger dans le chaos il en avait une, et le soin de ne pas la garder pour lui. C’est ce qu’il met en place avec le Centre des musiques Didier Lockwood, école d'enseignement de l'improvisation à Dammarie-les-Lys en Seine en Marne, où il fut adjoint à la culture. Le violoniste Mathias Lévy y a été son élève. Il se souvient de ces clés si personnelles et intimes que Lockwwood donnait pour faire infuser l’essentiel : le placement rythmique, le swing. Mais aussi la narration d’un solo, la respiration des phrases, la façon d’aborder un standard. Autant de secrets généreusement livrés. Avec ces séances où l’on ne repart pas avec des exercices à pratiquer chez soi, mais où Lockwood tentait jusqu’au bout, dans l’instant, de vous faire passer un cap. Il avait d’ailleurs rendu un rapport au ministère de la Culture en 2016 sur le développement de la pratique orchestrale dans les écoles et sur l'apprentissage de la musique. Il y prônait davantage d’oralité et moins de solfège. Plus de plaisir, de contact, et de sens.

Les portes du succès il les ouvrira à tous ces jeunes gens qu’il programme dans les festivals, qu’on l’invite à Marciac et il arrive avec une jeune garde à qui il tend la main, comme ce fut le cas pour Fiona Monbet.

L’ouverture comme clé musicale et le questionnement, la remise en question, comme horizon perpétuel. C’est ce qu’il a défendu dans un roman, Question d’âme, et sur France Culture en 2016 à la Grande Table

C’est un homme plus éclairé, et toujours plus vivant, qui nous a quitté, fauché par une crise cardiaque après un concert. Laissant derrière lui grandes ouvertes les portes du jazz mais aussi de la pensée.

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