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5 h 40 du matin: à l'arrivée  au terminal de Marabastad à Pretoria, de nombreux passagers du Wolwekraal bus convregent avec d'autres pour attendre les bus locaux qui les emmèneront travailler dans les banlieues et les zones industrielles de la ville

David Goldblatt, la complexité toute simple ?

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Première grande rétrospective française du photographe sud-africain ou l’usage de l’image comme bilan méditatif prime sur sa force persuasive.

5 h 40 du matin: à l'arrivée  au terminal de Marabastad à Pretoria, de nombreux passagers du Wolwekraal bus convregent avec d'autres pour attendre les bus locaux qui les emmèneront travailler dans les banlieues et les zones industrielles de la ville
5 h 40 du matin: à l'arrivée au terminal de Marabastad à Pretoria, de nombreux passagers du Wolwekraal bus convregent avec d'autres pour attendre les bus locaux qui les emmèneront travailler dans les banlieues et les zones industrielles de la ville Crédits : David Golblatt

Comment trouver le langage photographique capable de rendre la complexité et les contradictions qui traversent l’Afrique du Sud, démocratie récente et fragile, qui aura 25 ans au moment des prochaines élections générales en 2019 ? Avec la première grande rétrospective française du photographe sud-africain David Goldblatt au Centre Pompidou, c’est l’usage de l’image non comme une vérité de l’instant, mais comme un bilan méditatif qui prime.

D’abord, conscient que la photo est résultat d’une abstraction de la réalité, forcément influencée par celui ou celle qui l’a produite, sans compter ceux qui l’utilisent, David Goldblatt assure lui-même le travail de contextualisation. Il signe les légendes, les textes d’introduction et le commentaire vidéo de ses images, pour faire part de l’analyse et des recherches qui ont conduit ses choix. Dés lors, la photo se présente comme déclencheur de réflexion et pas comme arme persuasive. À l'heure de la grande manipulation des images et des "fake" qui pullulent cela a son importance.

À ce titre la grande idée de Goldblatt va être de s’intéresser aux structures. « Les constructions, les routes, les monuments, disent les nécessités, les préférences, les impératifs et les valeurs de ceux qui les ont construites et les utilisent » écrit-il.  Dans une photographie de 2016 : une passerelle enjambant une voie ferrée qui relie le Cap à Johannesburg, nous sommes dans une petite province d’environ 1500 habitants maximum, pourtant la photo présente un grand escalier à double file. En réalité l’une pour était pour les "blancs", l’autre pour les "non blancs", conformément à la loi sur les équipements publics séparés de 1953. L’apartheid n’existe plus, les panneaux indiquant les files séparées ont été retirés vers 1992, mais la structure demeure… Autre exemple, ces images de travailleurs noirs qui partent chaque jour de chez eux à 2 heures du matin pour aller travailler dans la ville blanche de Pretoria où ils n’ont pas le droit de résider. 4 heures de voyage à l’aller, et la même chose au retour. Les images datent de 1982, Goldblatt saisit l’épuisement, et à l’intérieur des bus les corps endormis sous les couvertures. 30 ans plus tard, en 2012, le photographe montre les images de la même route, on y voit des files de bus qui continuent de transporter les travailleurs noirs vers les blancs. 

Stigmates de la domination, persistance des injustices, et radiographie des changements permettent de mettre en valeur ce que Goldblatt appelle « l’essentiel des choses », le noyau révélateur d’une démocratie précaire. Ici c’est la photo en 2009 d’un centre commercial de Soweto baptisé « Maponya Mall » du nom de ce commerçant noir qui aura réussi à faire fortune malgré les restrictions commerciales ségrégationnistes. Espoir de libération qui se traduit par le choix de la couleur. Là au contraire, ce sera l’image en noir et blanc des tensions post-apartheid, avec une foule étudiante de bras levés armés de portables et de tablettes pour saisir le déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes, ancien colonisateur britannique. Nous sommes en 2015 et Goldblatt photographie dans une série sombre la révolte étudiante contre l’art colonial qui conduit à des renversements symboliques, mais aussi à des censures aveugles comme l’incendie de peintures et de photographies de Molly Blackburn, qui était pourtant une des grandes figures blanches de la lutte anti-apartheid. La difficulté à construire aujourd’hui une Histoire commune se dresse, enfin, dans une série de monuments ratés, et très révélateurs par leurs diverses défaillances.

Aussi la force de cette rétrospective est de mettre toujours le regardeur dans la position de l’enquêteur, pour tenter de comprendre à travers ces structures les enjeux de la démocratie sud africaine. Et au-delà de l’Afrique du sud, comment ces structures pourraient elles aussi être interrogées ailleurs (en France par exemple) pour dire l’état de santé d’une démocratie. 

Exposition David Goldblatt au Centre Pompidou à Paris jusqu'au 13 mai.   www.centrepompidou.fr.

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