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Dans une vidéo postée sur Facebook, Mennel Ibtissam annonce qu'elle quitte la compétition de la saison 7 de l'émission The Voice.

"Affaire Mennel", le non-débat à la française ?

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Enflammée sur les réseaux sociaux puis relancée dans une bataille de tribunes, la polémique suit une trajectoire prévisible. C'est un cas d’école presque, pour qui voudrait avoir un aperçu du débat ou plutôt du non-débat français en 2018.

Dans une vidéo postée sur Facebook, Mennel Ibtissam annonce qu'elle quitte la compétition de la saison 7 de l'émission The Voice.
Dans une vidéo postée sur Facebook, Mennel Ibtissam annonce qu'elle quitte la compétition de la saison 7 de l'émission The Voice. Crédits : Capture d'écran/Facebook/Mennel Official

Pour résumer la situation, Mennel Ibtissem est une ex-candidate du télé-crochet The Voice qui a pris la décision de « quitter l’aventure » selon la formule consacrée, après une semaine de charge violente. En cause ses prises de positions complotistes sur les attentats djihadistes de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray en 2016, à travers deux tweets exhumés sur le net. Elle a dans un premier temps présenté des excuses sur Facebook et regretté ses messages, avant de raccrocher le micro, pour The Voice en tous cas, dans une ultime vidéo facebookienne. La chaîne et la production ont salué sa décision, la polémique, elle, continue.

Une polémique qui suit donc un chemin désormais habituel. Première phase : déferlement sur les réseaux sociaux. Au départ Mennel est une jeune candidate de 22 ans qui porte le turban parce que musulmane et qui séduit jurés et spectateurs avec une version revisitée du Hallelujah de Leonard Cohen en anglais et en arabe. La réseau-sphère s’emballe. Trop enturbannée ou pas assez, Mennel fait ensuite l’objet d’une enquête 2.0 - autre classique du débat en ligne - et c’est le Bloc Identitaire qui ressort des posts complotistes mais aussi liens partagés ou likes qui montreraient son accointance avec les Frères musulmans ou l’antisémite Dieudonné. 

La polémique passe alors à la deuxième phase : le mode comparatif. La rhétorique des choux et des carottes qui consiste à ramasser le débat dans une série de comparaisons à tout crin. Les stars aux propos complotistes sur le 11 septembre qui n’ont pas été sanctionnées, l’affaire du chroniqueur Mehdi Meklat et ses tweets antisémites et misogynes, le polémiste Eric Zemmour condamné pour provocation à la haine envers les musulmans qui officie toujours, un droit à l’oubli relatif après le succès du rappeur Orelsan aux Victoires de la musique qui avait été poursuivi pour ses textes violents envers les femmes puis relaxé, et j’en passe. Une énumération de comparaisons incomparables, à dessein, pour montrer comment la discussion se met à faire bouillonner la marmite des slogans.

Troisième phase : la guerre des tribunes. Bien sûr on n’y entend plus la principale intéressée depuis longtemps. Elle qui regrettait justement d’avoir vu le débat s’assombrir, et répétait son credo « salut, shalom, salam ».

C'est le temps des hypothèses que personne ne peut prouver. Type : et si ça avait été un candidat comme-ci ou comme-ça les choses se seraient déroulées ainsi. Enfin et surtout, c'est le temps où tout se referme. De "l’extrême-droitisation" du débat à "l’islamo-gauchisation" du débat, les grosses étiquettes sont de sortie et bientôt plus personne ne pourra dialoguer. Le non-débat l’a emporté. Sous le ciel des polémiques, selon une mécanique aussi inlassable que rodée, tout brûle pour que rien ne change. 

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