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Un mannequin porte un sac de luxe à strass formant le slogan « Pussy Power », pendant le défilé Tom Ford, le 8 février 2018, à New York City.

#MeToo, la mode et l’indigestion politique

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À force de cannibaliser les slogans contestataires, la mode les affaiblit dans la contradiction.

Un mannequin porte un sac de luxe à strass formant le slogan « Pussy Power », pendant le défilé Tom Ford, le 8 février 2018, à New York City.
Un mannequin porte un sac de luxe à strass formant le slogan « Pussy Power », pendant le défilé Tom Ford, le 8 février 2018, à New York City. Crédits : ANGELA WEISS - AFP

Après New York, Londres et Milan, c’est au tour de Paris pour les défilés haute-couture de la saison automne-hiver 2018, l’occasion de voir comment la mode s’empare des signes du temps, ou précisément comment elle cannibalise les forces du changement. 

Il fallait s’y attendre l’expression « mode post #MeToo » a fait son apparition. À New York chez Tom Ford les mannequins portaient des sacs de luxe et des escarpins strassés du slogan « Pussy Power ». Petit condensé de siphonage de lutte. 

Autre démarche plus militante, à New York toujours, la créatrice franco-algérienne Myriam Chalek, spécialiste des défilés qui cassent les normes physiques, a choisi des mannequins victimes de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle ou de viol, qui ont témoigné, le tout agrémenté de quelques masques de porcs. Une forme de défilé-tribune où les vêtements passent au second plan espérant libérer la parole au bout du podium. 

À Milan chez Prada et Fendi, c’était un vestiaire de femmes fortes, une ode à l’« empowerment » revendiquée que ce soit au travail, dans la rue, ou dans la nuit. « Libre de ne pas être importunée en Prada » un bon titre de campagne non ? Du reste la créatrice Muccia Prada s’est toujours positionnée sur un créneau féministe. Et oui la mode fait sa pub au féminisme tout en l’instrumentalisant. Simplement à force de surfer sur des vagues de changement, les messages perdent évidemment de leur force pour sombrer parfois totalement dans la contradiction. C’est le principe du féminisme de la femme objet ou du « consomme pour te libérer » et « pour me ressembler ». 

Comment construire une éthique au-delà de l’étiquette ? Nous le savons au moins depuis 1979 et l’ouvrage de Dick Hebdige Subculture the meaning of style, la mode sait parfaitement avaler les courants contestataires pour vous vendre votre propre révolte. 

Autre terrain que celui de la lutte pour l’égalité des sexes ou les questions de genre : la mixité culturelle. Pour Alice Pfeiffer créatrice du magazine Antidote, les problèmes commencent quand les emprunts à telle ou elle culture se font dans la pure copie sans valeur créative d’hybridation, ou sans rétribuer d’une manière ou d’une autre les cultures empruntées ou tout simplement sans avoir des sociétés à l’image du pluralisme culturel défendu sur les podiums. C’est l’exemple récent de Gucci qui se prend les pieds dans l’appropriation culturelle avec son mannequin blanc à turban. Interdire les emprunts, les citations, les inspirations serait une folie cloisonnante. Rien n’empêche néanmoins de réfléchir à des démarches plus inclusives. Comme le créateur Rick Owens l’a fait avec des danseuses zoulous pour présenter sa collection printemps-été 2014. 

Dernier avatar de cette mode gloutonne et contradictoire, aller puiser chez ceux qu’elle a toujours moqué ou pris de haut, les sauvageons des banlieues ou les beaufs. C’est l’espadrille-tong Chanel à 500 euros, ou le style casquette-jogging en vogue dans les nouvelles campagnes de luxe. Mention spéciale à Balenciaga pour son catalogue façon vente par correspondance bas de gammes et son t-shirt "Paris by night", échappé du magasin de souvenirs, à 350 euros. Le principe du pillage d’un style revendu à un prix que ces « pauvres gens » bien sûr ne peuvent pas mettre : c’est ce que Borat alias Sacha Baron Cohen alias Bruno montrait dans son film où il incarne un journaliste de mode… 

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« Haha, déshabiller les pauvres pour leur vendre leurs vêtements c’est le péché de la mode non ? » Exactement, lui répond l’interviewée en marge d’un défilé. Une caricature certes, qui ne saurait incriminer toute la mode, mais qui concerne chacun, pour sortir de ce marché de dupes. 

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