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Mathieu Riboulet, le 8 décembre 2012

Hommage à Mathieu Riboulet, écrivain de "l’entre"

5 min
À retrouver dans l'émission

Entre récit fictif et autobiographique, entre corps et esprits, entre sexe et politique, entre matérialité et mystique, entre nous et l’Histoire.

Mathieu Riboulet, le 8 décembre 2012
Mathieu Riboulet, le 8 décembre 2012 Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

Impossible de dire ou d’écrire que Mathieu Riboulet s’est éteint, tant est encore incandescente la trace qu’il laisse en celui ou celle qui a eu la chance de le lire. 

Tant il touche l’histoire de notre présent : « ce qui nous fait si difficilement contemporain » pour reprendre la formule de Patrick Boucheron, historien, co-auteur et ami de Mathieu Riboulet.

En une quinzaine de livres publiés en une vingtaine d’année, Mathieu Riboulet nous a offert la grâce d’une écriture qui restera comme l’une des plus importantes de notre époque. Pourquoi ? Je me risque à y répondre en toute subjectivité : parce qu’il est l’homme de l’entre. D’ailleurs à l’annonce de sa disparition j’ai croisé ce commentaire minimal, un tiret. Il invente cet « entre », entre récit fictif et autobiographique, entre corps et esprit, entre sexe et politique, entre matérialité et mystique, entre nous et l’Histoire.

Prenons cet extrait d’Entre les deux il n’y a rien publié en 2015 chez Verdier comme la plus part de ses textes. Riboulet écrit :

On est soit délinquant, soit terroriste, entre les deux il n’y a rien. Surtout pas de politique. Or, ce que nous voulons c’est un peu de politique entre – entre les gens, entre les corps, entre la ville et ceux qui la peuplent, entre la ville et les champs, entre les gens des villes et ceux des champs, entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les enfants, entre nos désirs les plus inquiétants et nos envies les plus joyeuses, de la politique pour vivre ensemble…

Il faut un écrivain de ce talent pour que ces mots de « vivre ensemble » prennent encore sens.

Cette politique de l’entre n’est pas incantatoire elle existe dans l’espace de sa littérature. Extrait d’Entre les deux il n’y a rien cette fois lu par l’auteur pour « Les bonnes feuilles » de France Culture en 2015.

Comme me le disait un autre écrivain qui  le connaissait et l’admirait, Jérôme Ferrari, la force qui traverse les lignes de Mathieu Riboulet, ce sont ses connexions inédites. Dans l’écriture elle-même par le réseau des mots, on vient de l’entendre, mais aussi par la pertinence des idées connectées entre elles. Dans Les Œuvres de miséricorde pour lesquelles Mathieu Riboulet obtient le Prix décembre en 2012, ce sont par exemple ces réflexions sur les images. Mathieu Riboulet écrit : « la mort est passée la photo arrive après, qui contrairement à la peinture ne suspend pas le temps, mais le fixe ». Voilà, saisis en quelques mots, les rapports entre peinture et photographie.

L’entre c’est aussi le truchement entre les mondes comme le rappelle la metteuse en scène Anne Monfort, qui venait de porter pour la première fois au théâtre les textes de Mathieu Riboulet. Entre Le Caravage et l’érotisme gore dans Les Œuvres de miséricorde, entre la mystique de l’ange et ce jeune homme qui se glisse sous les draps des mourants du sida dans son roman L’amant des morts publié en 2008. Un truchement entre les mondes où seul un écrivain peut vous emmener. Dans Avec Bastien publié en 2010, vous entrez dans la poésie vive de ce type fasciné par un acteur de porno gay, quelque soit votre sexe, votre orientation, votre vécu ou vos à priori.

Enfin cet entre c’est celui qui se joue entre nous et l’histoire. Nouvel extrait Entre les deux il n’y a rien.

Qu’est ce qu’on fait quand l’Histoire sort des livres et qu’elle entre dans nos corps? Comme ce fut le cas après les attentats de 2015 pour lesquels Mathieu Riboulet écrit Prendre dates avec l’historien Patrick Boucheron. Qu’est ce qu’on fait quand nous sommes dans l’histoire et que nous ne savons pas nous diriger à l’intérieur ? Quand nous vivons avec les impensés et les impayés du passé. Quand, comme l’écrit Riboulet « nous mijotons en France au fond de la casserole où l'on a tant touillé le ragoût des révoltes que nous sommes le restant qui attache ». 

Il faut bien trouver notre espace. Et notre nous. Entre les deux il n’y a pas rien, il y a un manque. Et avec les livres de Mathieu de Riboulet nous pouvons, comme il l’écrit « avancer à tâtons dans la zone muette de ce fragment d’histoire ». 

_DÉSOBÉIR_, Le monde était dans cet ordre-là quand nous l'avons trouvé -  Conception et mise en scène Anne Monfort - Du 20  au 22 mars au CDN de Besançon.

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