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Sara Hanachi dans "Corps étranger" de Raja Amari

Comment se renouvèle le récit de l'immigration au cinéma ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Deux films sortent en salles où il est question d’eau, de désir, et d’altérité.

Sara Hanachi dans "Corps étranger" de Raja Amari
Sara Hanachi dans "Corps étranger" de Raja Amari Crédits : Allo Ciné

La « forme de l’eau » du cinéaste mexicain Guillermo Del Toro et « Corps étranger » de la tunisienne Raja Amari. Deux films qui n’ont cinématographiquement rien à voir, l’un est un conte fantastique et l’autre une chronique intime ancrée dans le réel, mais ils travaillent l’un et l’autre le rapport à l’étranger sur un nouveau registre.

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Guillermo del Toro revisite un classique de 1954 signé Jack Arnold « l’étrange créature du Lac Noir » qui l’a toujours obsédé. « La forme de l’eau », Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, en lice pour les Oscars, raconte l’histoire d’amour entre la femme de ménage muette d’une base scientifique secrète de l’armée américaine, et la créature amphibienne terrorisante mais désirable pour elle, qui y est enfermée. Nous sommes en pleine guerre froide en 1962. Tombé en amour pour cet être qui incarne l’altérité et le danger n’est pas anodin. Et si le film est une fable où l’amour comme l’eau, et comme le cinéma, peut prendre toutes les formes, c’est aussi une façon pour le mexicain qu’est Guillermo del Toro dans l’Amérique de Trump, de montrer comment s’ouvrir à l’autre, l’étranger.

Dans « Corps étranger » justement, de Raja Amari, point de fantastique. Samia est une migrante tunisienne clandestine et le film commence là où les images de naufrage dans la presse s’arrêtent. Elle est sur cette plage où l’embarcation brisée a échouée. L’eau comme un tombeau pour les autres passagers qui n’ont pas survécu, l’eau non comme un espace de désir mais de cauchemar. Depuis le pont à Lyon en regardant le Rhône, ou dans la baignoire quand les fantômes des noyés la hantent. La trajectoire de Samia qui a fui un frère islamiste radicalisé qu’elle a dénoncé, va être celle de nombreux migrants. Retrouver un appui, une connaissance du village, se balader avec un sac et des bouts de feuilles pour ne pas faire sans papiers précisément. Se dissimuler, trouver un travail, et peut-être un jour obtenir ces fameux papiers.

D’autres films comme « Welcome » de Philippe Lioret, l’odyssée cruelle « Eden à l’ouest » de Costa Gavras » et même « The Immigrant » de Chaplin en 1917 ou le plus maladroit « Samba » de Nakache et Tolédano, entre autres, ont montré l’humain dans les rouages de l’immigration. Mais avec « Corps étranger »  un triangle inédit se met en place. 

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Samia incarnée par Sarra Hannachi, se retrouve entre un un homme (Imed incarné par Salim Kechiouche), réfugié en France depuis seulement quelques années, qui va vouloir l’aider, mais qui va également essayer de contrôler sa vie, et une femme (Leïla incarnée par Hiam Abbass) intégrée depuis longtemps, qui va non seulement lui offrir du travail et l’héberger mais également l’éveiller à la connaissance de son corps. Dés lors le récit de l’intégration de ce « corps étranger » n’est pas seulement une implantation territoriale, ni la description de ce que l’on doit à ceux qui sont restés ou à ceux qui à leur tour aide un.e autre à s’implanter, mais une quête pour trouver sa propre identité désirante et affranchie.

Sur ces registres de la peur et du désir, ce sont des lignes beaucoup plus troubles qui se tracent au cinéma, pour dire les flux qui nous traversent entre humains, et entre pays.

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