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Vue de l'installation "Space Refugee" de l'artiste turc d’origine kurde Halil Altindere, exposée en ce moment à la galerie Paris-Bejing.

Les réfugiés trouveront-ils asile dans l'espace ?

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Et si, lassés d’errer sur Terre, les réfugiés partaient à la conquête de nouvelles planètes.

Vue de l'installation "Space Refugee" de l'artiste turc d’origine kurde Halil Altindere, exposée en ce moment à la galerie Paris-Bejing.
Vue de l'installation "Space Refugee" de l'artiste turc d’origine kurde Halil Altindere, exposée en ce moment à la galerie Paris-Bejing. Crédits : Halil Altindere / GalerieParis-Bejing / Mathilde Serrell

Et si l’espace devenait une nouvelle terre d’accueil ? Et si, lassés d’errer sur Terre, les réfugiés partaient à la conquête de nouvelles planètes pour retrouver enfin un espace de vie ? Il fallait l’ironie mordante d’un artiste pour imaginer un tel projet. En l’occurrence celle de Halil Altindere, artiste turc d’origine kurde qui a développé une installation cosmo-politique du nom de « space refugee » exposée en ce moment à la galerie Paris-Bejing.   

À l’origine, l’histoire d’un astronaute syrien Mohammed Ahmed Faris, qui a effectué en 1987 avec les soviétiques, un des plus importants vols spatiaux de la décennie pour rejoindre la station Mir. Les relations entre la Syrie et l’URSS se renforçaient alors, et l’astronaute syrien est devenu un super-héros dans son pays comme dans l’ex-bloc soviétique. 25 ans plus tard, Mohammed Ahmed Faris a dû faire un autre voyage décisif, celui de l’exil, en raison de son opposition affichée à Bachar el-Assad. Il rejoint Istanbul en 2012 à l’âge de 61 ans.  C’est le croisement de ces trajectoires qui a inspiré à l’artiste turc Halil Altindere son projet : les réfugiés de l’espace. Il invente une mission spatiale utopique du nom de « Palmyre » et représente l’ancien cosmonaute syrien sur une grande fresque de papier peint. Puis à l’aide d’un film en réalité virtuelle nous fait le récit de ces hommes, de ces femmes, et de ces enfants, en combinaisons spatiales, débarquant sur une planète aux allures martiennes. Sous un ciel ocre, sur un sol désertique, parmi les roches et les cavités, ils partent en reconnaissance, aidés de petits robots ultra-perfectionnés. Peu à peu, un nouvel habitat de dômes et de serres se dresse…   

Ces images inédites de sciences-fiction sont le fruit d’un mélange de documents photographiques, de projections scientifiques par ordinateur, et d’un tournage réel en Cappadoce, région historique de Turquie au centre de l'Anatolie. Un site archéologique aux grottes troglodytes et aux églises rupestres. Le résultat est une fable fantastique dont la signification comporte plusieurs étages, comme une fusée. Bien sûr l’odyssée de ces « space refugees » nous renvoient la petitesse d’accueil de l’Europe. 3 millions de réfugiés en Turquie contre 600 000 en Allemagne et 10 000 en France, d’ici 2019. Et cette forme d’« humour fantasy » déployée par l’artiste est d’une férocité redoutable pour alerter sur le sort réservé à ces populations.   

Mais, autre étage de la fusée, l’installation de Halil Altindere opère aussi un renversement du regard. Ces autres, ces pauvres, ces « problèmes » entre guillemets tels qu’ils sont perçus là où ils arrivent, deviennent des héros. Enfin, dernier étage de la fusée, ce projet « space refugee » nous rappelle que la conquête spatiale est aussi affaire de mise en scène. Et en la matière, celle imaginée pour le décollage de la fusée Falcon Heavy du milliardaire Elon Musk, déclasse le plus fous des clips des Daft Punk. 

Au dernier étage de la fusée justement, un petit cabriolet de sa marque Tesla a été mis en orbite direction mars. On a pu suivre sur fond de globe terrestre les images hallucinantes de cette voiture rouge dans l’espace, un mannequin en combinaison d'astronaute à son volant, le bras posé à la fenêtre de la portière, Space Oddity de David Bowie diffusé dans les haut-parleurs, et le message "Don't Panic" affiché sur l'écran de bord (clin d’œil au Guide du Voyageur Galactique ouvrage de SF loufoque de Douglas Adams). Du grand spectacle… Alors d’une certaine manière, avec sa fable spatiale des réfugiés à l’esthétique futuro-soviet, l’artiste Halil Altindere nous montre qu’il nous reste d’autres imaginaires cosmiques à inventer que la superproduction vendue par Elon Musk pour coloniser Mars et la Lune.

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