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Le rappeur Orelsan, à la 33ème cérémonie des Victoires De La Musique, à la Seine Musicale, le 9 février 2018

Orelsan, la fête est finie ?

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Un artiste qui a incité à la violence envers les femmes peut-il être honoré par une institution culturelle ? C’est la question que semble soulever la pétition lancée à l’encontre du rappeur Orelsan mais qui s'égare en réalité dans une démarche contre-productive.

Le rappeur Orelsan, à la 33ème cérémonie des Victoires De La Musique, à la Seine Musicale, le 9 février 2018
Le rappeur Orelsan, à la 33ème cérémonie des Victoires De La Musique, à la Seine Musicale, le 9 février 2018 Crédits : Stephane Cardinale - Getty

Privé de trophées ! Un artiste qui a incité à la violence envers les femmes peut-il être honoré par une institution culturelle ? C’est la question que semble soulever la pétition lancée à l’encontre du rappeur Orelsan qui réclame l’annulation de ses trois prix aux dernières Victoires de la Musique. Je dis bien que « semble » soulever parce qu’en réalité on est complètement à côté. Pour plusieurs raisons.

Déjà les paroles mises en cause par la pétition adressée à la ministre de la culture, et qui recueille aujourd’hui près de 35 000 signatures, datent de 2009, or c’est bien pour son dernier album « la fête est finie » et son clip « basique » qu’Orelsan a été récompensé. Nulle trace d’appel aux violence sexistes dans ceux-ci. Le préambule du texte pétitionnaire  dessert également l’initiative je cite : « outre le fait que d'autres artistes auraient mérité une récompense, alors qu'il en reçoit 3, ce qui est beaucoup plus grave, et n'est pas acceptable, ce sont certains propos lus et entendus dans ses "chansons" ». Avec des guillemets à « chansons » bien sûr. C’est un débat sur la légitimité du rap qui s’engage subrepticement, et gonfle le mécontentement des signataires. On le voit dans les commentaires exemples : « récompenser la médiocrité et la vulgarité on en est là ? » ou encore « Ça rabaisse la France à ce qu’elle n’est pas »… Résultat, la pétition, qui appelle nommément à la « censure » du rappeur pour protéger notre jeunesse, a engendré deux contre pétitions.  

Mais ces paroles venons-y justement, elles auraient pu, en effet, même datant de 2009, donner un goût très amer à la victoire d’Orelsan.

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A ce sujet le rappeur a toujours plaidé la fiction. Très clairement mise en évidence dans le clip de  « sale pute »  où il se met en scène en type jaloux rongé par la haine et l’alcool. Un peu plus ambigu dans le clip de « saint Valentin » qui semble néanmoins railler les horreurs que se racontent deux gars nazes toujours en rade pour la fête des amoureux.

En tous cas sur le plan judiciaire la question a été tranchée. Accusé en 2009 par des associations féministes « de provocation à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur sexe » et de « provocation au crime » pour ses titres «  saint Valentin » et « sale pute » Orelsan n’a en définitive pas été condamné. Au terme de plusieurs procès, dont l’un l’est soldé par la prescription, l’autre par la relaxe. À cette occasion la cour d’appel de Versailles rappelait en 2016 que « le domaine de la création artistique parce qu’il est le fruit de l’imaginaire du créateur est soumis à un régime de liberté renforcée ». L’association Ni Putes Ni Soumises, qui le poursuivait à l’époque, a tenu ces jour-ci à s’exprimer sur le retour de cette affaire. Je vous lis leur déclaration postée sur Twitter : « Il y a dix ans nous condamnions les paroles de quelques-unes de ses chansons mais la justice ne l’a pas fait. Nous avons donc écouté attentivement la totalité du nouvel album de #Orelsan - Et rien ne mérite aujourd’hui autant de haine. Le dogmatisme dessert le féminisme. »

Pour autant Orelsan n’a pas paradé. La violence du néologisme féminicide « va te faire marietrintigner » sans parler un peu loin de cette envie d’avortement à l’opinel, il s’en est excusé. Et aucun des titres en question ne figurent sur ses albums ni ne sont joués dans ses concerts. En revanche au fil des ans, c’est toujours la noirceur contemporaine qu’Orelsan continue de dépeindre. Tentant aussi de faire le récit critique de ses évolutions. Comme lorsqu’en 2015 il publiait pour son programme court « Bloqués » sur Canal , une vidéo sur le féminisme et son auto-éducation en la matière. 

Alors que reste-t-il du débat lancé par cette pétition ? La question sempiternelle de la morale des œuvres, au-delà de la loi qui a reconnue l’œuvre de fiction et la liberté d’expression. Dans un reportage de 2009 sobrement intitulé « Faut-il interdire Orelsan ? », alors mise en accusation et déprogrammé de nombreux festivals, le rappeur avait déjà donné sa réponse.

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Dans le moment qui est le notre, pour que la libération de la parole sur les violences faites aux femmes débouche sur un changement de mentalités, il serait préférable de se concentrer sur les conditions de la non-reproduction de ces schémas sexistes, plutôt que sur l'histoire passée et jugée. Un horizon que même Orelsan chante, en revanche il lui reste du chemin à faire...

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