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 LES ATELIERS MÉDICIS (CLICHY-SOUS-BOIS-MONTFERMEIL)

Les Ateliers Médicis, l'urgence culturelle en acte

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Et si plutôt que de poser un bâtiment culturel dans les quartiers populaires, nous le faisions pousser ?

 LES ATELIERS MÉDICIS (CLICHY-SOUS-BOIS-MONTFERMEIL)
LES ATELIERS MÉDICIS (CLICHY-SOUS-BOIS-MONTFERMEIL) Crédits : Alexa Brunet

Dans ces deux communes de la Seine Saint-Denis que sont Clichy-sous-Bois et Montfermeil, épicentre des émeutes de 2005, promesse avait été faite de  créer un grand équipement culturel dédié à la création artistique. C’était il y a treize ans. 

De ministre de la Culture en ministre en Culture, le ballon a circulé. Au début des années 10,  Frédéric Mitterrand lance le projet d’une Villa Médicis des banlieues du monde, et l’Etat rachète la tour abandonnée d’Utrillo pour l’accueillir. C’est Aurélie Filippetti qui est alors est en poste,  lorsqu’un rapport préconise la destruction de la tour au profit d’un lieu neuf. Fleur Pellerin annonce quant à elle, en 2015, un budget de 30 millions d’euros pour le bâtir à l’horizon 2023.  

Aujourd’hui, avec Françoise Nyssen, l’horizon prend forme. Ce grand établissement  culturel devrait voir le jour en 2024 dans le cadre du Grand Paris. 

Mais si cet élan ne s’est pas brisé de passe en passe, restait à prendre conscience d’une urgence : presque 20 ans entre une promesse et sa concrétisation c’est long… Très Long. C’est potentiellement une génération de désillusion et de ressentiment. A fortiori quand on est à 15mn de Paris, et qu’il faut 1H30 pour s’y rendre.  

La gare du Grand Paris Express ouvrira elle aussi d’ici 2024, mais en attendant pourquoi ne pas inventer un espace transitoire. Un espace non pas « hors les murs  » mais « avant les murs » ? 

C’est ce qui se concrétise avec l’ouverture depuis hier d’un centre culturel éphémère : les Ateliers Médicis. Une bâtisse en bois de 800m2 (imaginée par les architectes d'Encore Heureux), dédiée à « la jeune  création » et  aux « émergences artistiques ». Il s’y jouera ce week-end «  Construire » un spectacle créé avec les habitants, et il s’y montra, entre autres, une école de cinéma.  

La caractéristique de ce lieu est d’être un « établissement public de coopération culturelle ». Ce  n’est donc pas encore l’édifice de 2024, c’est une amorce pour tisser progressivement des liens sur son terrain. 

D’ailleurs, un projet « avant-avant les murs » s’y développe déjà depuis 2016. Camion de  cinéma, cours d’éloquence, répétition publique de pièces de théâtre, ateliers de cours de métrage, résidence photo de jeunes artistes, balançoire géante des argentins d’Arquitectura Expendia, ou encore  performance de la circassienne Chloé Mogia suspendue comme si elle volait au-dessus de la promenade de la Dhuys, qui borde le terrain. La culture en somme, fertilise déjà l’espace. 

Avec les visites scolaires du chantier, la médiation portée par des jeunes du quartier, la signature de la dernière charpente par les habitants et j’en passe : ce premier bâtiment éphémère, avant même son ouverture, a déjà permis aux riverains de s’approprier ce lieu qui est entrain de pousser. C'en est fini ce fantasme de coup de baguette magique de la culture. 

Et si précisément c’était en réduisant l’échelle, en travaillant graduellement, en  essayant et en se trompant aussi, que l’on inventait un bâtiment culturel dont chacun accompagne le récit ? Une fois le bâtiment final  inauguré en 2024, ces balises successives auront peut-être réussi le pari de ne laisser personne à la porte ? En cela ce n’est pas un modèle à dupliquer qui naît, mais une alternative passionnante

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